L'atelier d'écriture clandestin

Un atelier d'écriture virtuel ouvert à tout ceux qui aiment écrire et désirent s'améliorer

dimanche 6 avril 2008

Réflexion ou la fin?

Pas de thème d'avril, non pas pour faire une mauvaise blague mais parce que nous réfléchissons à comment changer le blog et faire que ça bouge un peu plus.

On envisage de passer à un mode forum, le blog n'étant là que pour le confort de lecture pour certains textes sélectionnés, le forum permettant des sondages.

Bref on réfléchit, on se décide et sinon on ferme, malheureusement. La faute à pas de chance et à tous ceux qui disaient qu'ils écriraient et qui ne l'ont pas fait finalement... Ma faute également mais je ne pensais pas que j'allais devoir animer seul ce blog. Si j'avais su...

En tout cas ce fut une bonne expérience et puis qui sait ce que ça peut devenir...

Posté par Khelren à 01:30 - Catégorie: Le Clandé
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lundi 31 mars 2008

Le seul animal

L’aube se levait et déjà, geignant, vagissant, il rampait écrasé par sa fragilité. Il avait quitté la chaude matrice sombre et désormais le monde s’ouvrait à lui, ses infinies possibilités résonnant avec sa solitude.

Il y eut ensuite le matin. Un matin d’innocence et de jeux cruels. Il courrait en tous sens, frénétique, infatigable. Il n’avait d’autre but que de tenter de repousser les limites et d’en subir la sanction, inlassablement…

Puis il y eut le milieu de journée. Un moment ingrat où toute la beauté du monde semblait lui échapper. Il s’imaginait tour à tour roi et mendiant, beau et laid. Ce qu’il pensait était d’or, en tout cas selon son propre jugement et il n’avait de cesse de se répandre sur les erreurs des autres.

C’est alors que l’après-midi vint et il regarda derrière lui, se retournant sur ses anciennes traces : une vague de nostalgie l’envahit… et la honte aussi, la honte envers sa récente stupidité. Ce fut un âge de nombreuses batailles sans réelle victoire.

Enfin, se fit le soir, accablant, voleur de ses souvenirs. Il vit vaguement ses joies passées et il lui restait ses peines toujours aussi présentes. Peu à peu ses sens filèrent, ses sensations fuirent.

Et une obscurité commença à tomber, un froid à fondre sur lui. Il leva les yeux et contempla Dieu dans les innombrables paillettes miroitant dans le ciel d’encre. Cette obscurité devint tout jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un néant de glace. Son esprit, ralenti, formula pour la première fois, la seule question qui avait de l’importance…

Mais quelle est ce noir ?

C’est la nuit.

Posté par Khelren à 14:22 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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mardi 18 mars 2008

Nunzéo et Philippe

L'un est un gros con
et l'autre, moins gros
mais tout aussi con.
Philippe, Nunzéo,
Nunzéo, Philippe.

Notices biographiques :

Nunzéo A. anime une revue online qui se veut tendance, dont le nom en latin (au moins c'est pas en anglais) rime avec "Fuck You." Il vénère Sollers et Guy Debord, et a une bedaine naissante. Il se flatte d'être le seul dans l'hexagone à apprécier Bach à sa juste valeur. Il pue des pieds, même quand il n'enlève pas ses chaussures. Un de ses potes, publié chez Gallimard (par Sollers), lui fait oublier parfois que lui-même n'a aucun talent. Donc, un joueur de foot raté qui se prend pour un écrivain. Quel triste destin.

Philippe L., employé au Gaz-de-France, est un pauvre minable avec un salaire de 30.000 euros, ce qui lui donne l'impression d'être quelqu'un d'important et il va jusqu'à se croire riche et se la joue devant des gens qu'il croit moins "riche" que lui. Il se vante de changer de voiture tous les deux ans et se croit cultivé, parce qu'il emploie aisément des mots comme "aimante" et "venir avec sa bite et son couteau" (eh oui). Mon cher Philippe, sache que tu fais partie du camp des médiocres. Bonne chance. Amuse-toi bien avec Nunzéo dans Sarkoland.

Posté par daedalus à 06:33 - Catégorie: Et pour quelques textes de plus...
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Le bloc d'alimentation, ou La chanson du raciste

Quand le bloc d'alimentation tombe en panne,
peut-on compter sur le chinetoque du coin
de venir le reparer ?

La question qu'il faut se poser
c'est de savoir si le chinetoque,
une fois arrivé chez toi
saura ce que c'est qu'un bloc d'alimentation.

Même si par miracle il parle français,
et sait baragouiner quelques mots,
même si par hasard il n'ignore pas
cette belle langue de Molière,
il est douteux qu'il connaisse le bloc d'alimentation,
or il s'agit là d'un grand mot, un mot technique,
et il y a peu de chances
qu'un chinetoque venu chez toi
pour reparer ton ordi le connaisse.

Alors il faudra le lui apprendre, à ton chinetoque
en lui disant, toc toc, voici un nouveau mot
apprends-le bien, mon gars, prends-en de la graine,
pour qu'on n'ait pas à te l'apprendre la prochaine fois.

Posté par daedalus à 06:28 - Catégorie: Et pour quelques textes de plus...
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La vie est un long rêve tranquille

Un ami bloggeur vient de poster un billet où figure une seule phrase en français assez bateau, un fourchelangue, et comme ce bloggeur, anglophone, ne poste de billets qu'en anglais, il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que ce que je lisais était du français, même si j'ai saisi sans tarder le sens de la phrase. Mais comment dire... c'était comme si cette phrase n'était pas du français car mon cerveau l'a prise dans un premier temps pour de l'anglais. Alors, tout en comprenant ce qui était écrit -- s'agissant d'un fourchelangue la phrase en elle-même n'avait pas trop de sens -- j'ai eu l'impression de faire une syncope ou une expérience de projection astrale de l'esprit, ou bien, pour dire les choses d'une autre manière, de frôler la schizophrénie (je l'air d'en rajouter mais cette sensation de sortie du corps que j'associe à celle de trouver de l'étrange dans le familier, ou vice-versa, cette étrange impression d'être tiraillé entre deux sentiments aux antipodes l'un de l'autre n'est pas sans rappeler, et ce pour l'avoir vécu plus d'une fois, les accès de folie quasi borgésiens ou à la DeQuincey qui peuvent survenir lors d'un trip aux shrooms mal tourné). J'ai eu donc cette impression de me heurter à une sorte de décalage sémantique en regardant cette phrase, le temps de reconnaître ce qui se passait, le temps que les mots rattrapent la pensée et le signifiant rejoigne son signifié. Moment quelque peu déstabilisant mais pas inintéressant. D'ailleurs il m'arrive par moments de croire que je suis toujours en plein trip shroomesque, saisi par un sentiment d'irréalité ou de malaise inexplicable face au monde empirique -- phénoménal au sens propre -- et c'est à croire que je ne suis jamais tout à fait sorti du trip, toujours là à délirer et à déambuler sans but d'un air hébété dans les rues d'Amsterdam avec D. et N., ne sachant trop où donner de la tête et tourmenté comme je suis par les sempiternels bruits (chuchotements bizarres, chants druidiques, crépitements de radios) qui se confondent tous à qui mieux mieux, se mêlant aux ombres chinoises sur le trottoir, ces ombres qui tantôt en accéleré tantôt au ralenti m'emboîtent le pas. Ô Amsterdam, suspends ton envol, et vous, les heures, cessez votre compte à rebours ! Mais pour en revenir à mon trip qui n'est pas près de finir, je suis, shroomer déchu, shroomer raté, pris au piège par le paradoxe de Zénon dans lequel je ne peux qu'avancer à crouptons tel un Morlock en herbe. Je repense souvent au film de Chris Marker, La Jetée, dont l'histoire du protagoniste voyageur du temps et de l'esprit me hante : la folie n'est donc que le refus de l'eternel présent. Quoi de plus simple ! En essayant d'exprimer par des mots pourquoi je ne crois pas être sorti de mon trip d'il y a plus de trois ans, et en me basant sur des exemples quotidiens bien concrets, force est d'admettre que je n'ai pas de preuves, en ce qui concerne ma santé mentale, ni dans un sens ni dans l'autre. Et c'est là où le bât blesse. Finalement, je constate qu'il m'est impossible de ne pas me sentir happé par cette mise à distance, ce détachement sentimental, dans tout ce que je fais et tente. Mort-vivant au coeur anesthésié, je n'ai d'autre choix que de me voiler la face et d'avoir des rapports de force avec la réalité. N'est-ce pas là la preuve suffisante d'un mal-être incurable ?

Posté par daedalus à 06:23 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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lundi 3 mars 2008

Thème de mars 2008

Cette fois, l'auteur du thème est un grand, soufflé par Daedalus, puisque Shakespeare lui-même nous propose:

Le passé n'est que prologue

Bonne inspiration!

Pour rappel, voici quelques indications:

- Si vous voulez commenter ce thème (et le maudire) ou en proposer un pour les fois suivantes, n'hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de ce message.

- Un texte, par contre, méritera un message indépendant (afin de permettre de poster des commentaires spécifiquement sur ce texte). Autant que possible ne poster que le texte nu, si vous voulez ajouter une remarque concernant votre texte, postez la en commentaire.

- Tous les auteurs sont les bienvenus.

- Idéalement, le texte devra rester court, la lecture sur écran n'étant pas agréable à la longue. On évitera également les gros pavés de texte, sans saut de ligne...

- Idéalement, le texte devrait avoir été écrit spécifiquement pour cet atelier (je rappelle également qu'il y a une catégorie "Et pour quelques textes de plus" pour les textes hors thème mensuel).

- Pas de langage SMS, ni dans les textes, ni dans les commentaires...

- Et vous avez jusqu'au lundi 31 mars 2008, minuit, pour poster un texte :)

- On ne gagne rien, à part des commentaires et des critiques.

Posté par Khelren à 23:50 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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vendredi 29 février 2008

De la langue de Nabokov

Nabokov interviewé par Bernard Pivot. Bonne vision.

Posté par daedalus à 16:16 - Catégorie: Le Goncourt toujours
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Thème et version

I.

A bean is a bean,
just as long as a bean's
only been where a bean ought to go.

But when it has been
in the soup for too long,
it's clearly a has-bean, ho ho.

II.

Un chinetoque est un toqué,
tant qu'il n'a pas trinqué
tant qu'il n'a pas dit, tchin-tchin.

Mais si sa toque est égarée
sa toque fabriquée en chine,
on sait tous que c'est un niaquoué.

Posté par daedalus à 16:10 - Catégorie: Et pour quelques textes de plus...
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Pièce monologuée en deux actes, ou Une belle journée à Paris

"Ah, Paris, quelle belle ville ! Regarde-moi ça si c'est beau !"

I.

A l'entrée des marches qui mènent à la basilique du Sacré-Coeur dans le quartier de Montmartre, les touristes de tout poil, toutes nationalités confondues, essaient de se frayer un chemin vers l'entrée, à proximité de laquelle se tiennent deux Noirs qui profitent du tohu-bohu pour vendre des bracelets en tissu de mauvaise qualité. Quand je tente de passer à côté un des Noirs se précipite vers moi, me prend par le bras dans le but de me glisser sur le poignet un de ses bracelets immondes, tout en caquetant sans arrêt des mots en anglais, un caquètement ininterrompu, une voix de tête affreuse et caquetante, je veux retirer ma main, en lui disant poliment, "Non merci," mais il continue à me seriner son baratin de camelot africain, son bracelet minable toujours à la main, "Very nice bracelet, you buy, arigato, tchin tchin," et là j'en ai assez, je lui assenerais une baffe sur la gueule, et je lui dis, "Hé tu me lâches, connard ?" et je vois sur son visage la surprise qui se mêle au dégoût, dégoût qui se mue en indifference quand je lui lance, avant de me détourner de son visage noir luisant dégoulinant de sueur, "Putain de merde..." La vue sur la ville depuis le Sacré-Coeur était magnifique.

II.

Il est toujours sidérant de constater à quel point les Français (mais pas tous, loin de là, il ne faut pas tomber dans le même piège !), surtout ces Français d'un certain âge, puant l'eau de javel, franchouillards, quoique pas forcément d'extrême droite (faut pas généraliser), à quel point, donc, ils sont incapables de faire preuve d'un minimum d'ouverture d'esprit quand ils ont le malheur, et quel malheur, d'avoir affaire à une personne dont le faciès est facilement assimilable à un groupe éthnique dit minoritaire, autrement connu sous le doux sobriquet de "salopards de chinetoque aux yeux bridés" (un pléonasme s'il en est). On les trouve, par exemple, dans la rue Mouffetard, derrière leurs étals de légumes, ces mémères qui s'efforcent de me baragouiner dans un anglais de chiotte parce qu'ils me prennent pour un touriste. J'entre ensuite dans une crêperie et ne voilà-t-il pas que la serveuse, si ce n'est la propriétaire du resto, un tout petit resto bondé de monde, elle se met à me parler, elle aussi, en anglais, et je suis donc obligé, pour la deuxième fois, de lui faire savoir que je ne suis pas un touriste, japonais, chinois, au choix, tout juste bon à écorcher quelques mots d'anglais, désolé mais s'il est vrai que je parle aussi couramment anglais, langue dans laquelle j'ai fait une partie de mon primaire et mon secondaire, je ne vais pas perdre mon temps à le parler avec vous. (Je me suis gardé de lui dire tout ça.) Le sourire de cette dame se fige, et c'est à croire qu'elle venait de chier dans mon slip par mégarde : elle se confond en excuses, on dirait un partisan d'extrême gauche accusé de racisme contre les renois. Et puis, dans la même journée, il m'est arrivé d'avoir envie de prendre un café au MK2-Bibliothèque (normalement les cafés à 5 euros ne me tentent guère mais j'étais dans le coin histoire de visiter la Cinémathèque avec L., ma copine), et, ayant commandé un irish coffee et une boite de je me rappelle plus, de beignets ? de croissants ? d'étrons ? je suis allé à la caisse et le caissier, un jeune Noir souriant, il me semble me souvenir qu'il avait des dreads, enfin, peu importe, et un pull blanc à col roulé genre Célio ou H&M, bon bref, un type sympa à première vue, pas du tout l'air d'un imbécile de premier plan mais les apparences sont souvent trompeuses comme on va voir, toujours souriant il me dit en anglais, avec son accent de merde, "Ten euro." Au risque de couper les cheuveux en quatre, précisons, ici, que j'aurais pu, à la limite, lire le prix affiché sur l'écran de la caisse enregistreuse. D'où mon hypothèse : il est con et raciste. Et moi, qu'est-ce que je fais, moi ? Même après les deux connasses de la rue Mouffetard je ne cesse d'être pris au dépourvu par ces personnes sans cervelle pas foutues de me parler en français en France. Face à mon silence de noiche nul en anglais, il a dû croire que je ne comprenais pas cette langue internationale qu'est le Global English parce qu'il a ensuite jugé bon de me montrer ses deux mains, les doigts écartés, comme pour me dire en language des signes, ou des doigts, "Dix euros, pauvre connard de touriste chinois." Alors, là, lui rendant son sourire, je lui ai dit (en français, faut-il le préciser) : "Bravo, vous savez compter jusqu'à dix," et, sur ce, j'ai pris mon café et mes beignets et m'en fus rejoindre L.

Posté par daedalus à 16:01 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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Tour d'enfance

Elle a décidé de ne plus jamais voyager. C'était tellement facile. Ne plus jamais attendre sur le quai, avec l'espoir d'un train enivré, d'un bus arrogant et malpoli ou juste d'une voiture égarée, avec, au volant, un ou deux chauffeurs confus et incertains, ou même pas de chauffeur du tout. Au lieu de cela, elle s'est enfermée tout en haut de sa petite tour d'enfance, une chambre remplie de livres et de feutres bleus, de coussins imaginaires et de fantômes réels, plein de rêves sous le lit aussi. Des rêves de voyages. Puis on l'appelle, mine de rien, l'instant d'un songe, pendant une nuit de débauche, le vin et la fête, les vapeurs de souvenirs et une sonnerie intense. Elle fuit le téléphone mais ne peut l'échapper. La porte reste fermée, elle ouvre la fenêtre et s'accroche au parapet, les pieds en l'air. Ses amis ne comprennent rien, ils ne font rien pour l'aider, au contraire, ils laissent le téléphone grimper jusqu'à la vitre, le récepteur regarde en bas, hésite puis rampe doucement jusqu'à son oreille en lui effleurant la joue. Surprise, pas de voix. Elle entend seulement une respiration familière, venant du fond des poumons, elle la connaît, elle s'approche et respire au même rythme, elle se transforme en un souffle, de la tête aux pieds et aux mains, toute rouge, une chaleur au cœur, au ventre, qui s'en va puis l'entraîne avec, à l'autre bout du fil, elle tremble, elle pleure, le chaud, le froid, la tête qui tourne et une entrée interdite, une sortie impossible. Ce voyage-là, elle ne l'avait pas désiré. Elle n'avait désiré que ça et maintenant, suspendue entre les étoiles et la boue, elle ne peut plus avancer ni revenir. Il faut endurer. Il faut passer la nuit. Demain, elle sera vide.

Posté par dancca à 10:21 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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vendredi 22 février 2008

Mélancolie d’automne

Lorsque je marche sur les sentiers de mon âme

Une mélancolie d’automne s’insinue

Et me brise comme dans un antique drame.

Voilà ton vraie visage, ô âme mise à nue !

 

Une mélancolie d’automne s’insinue

Dans ces champs de brume jadis ensoleillés.

Voilà ton vraie visage, ô âme mise à nue

Pourtant de le cacher, j’avais bien essayé.

 

Dans ces champs de brume jadis ensoleillés

J’eus parfois mes rêves pour seule nourriture

Pourtant de le cacher, j’avais bien essayé.

Hélas on ne peut pas combattre sa nature…

 

J’eus parfois mes rêves pour seule nourriture

Dans ces paysages ni d’eau ni de montagne.

Hélas on ne peut pas combattre sa nature

Je voulais échapper à cet éternel bagne.

 

Dans ces paysages ni d’eau ni de montagne,

Un voile ténébreux aveuglait l’horizon.

Je voulais échapper à cet éternel bagne :

La solitude est la plus terrible prison.

 

Un voile ténébreux aveuglait l’horizon

Lorsque la nuit tombait, me laissant seul en vie.

La solitude est la plus terrible prison.

Ah ! Si quelqu’un avait connu mes rêveries…

 

Lorsque la nuit tombait, me laissant seul en vie

Maudite nuit dont je ne pensais voir la fin !

Ah ! Si quelqu’un avait connu mes rêveries,

Aurais-je de la vie humé le doux parfum ?

 

Maudite nuit dont je ne pensais voir la fin,

Y avait-il une clef à ce labyrinthe ?

Aurais-je de la vie humé le doux parfum

Si m’échappant enfin, j’avais vaincu mes craintes ?

 

Y avait-il une clef à ce labyrinthe ?

Clef qui aurait de mon cœur rallumé la flamme

Si m’échappant enfin, j’avais vaincu mes craintes

Lorsque je marche sur les sentiers de mon âme.

Posté par Khelren à 23:33 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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samedi 2 février 2008

Douce rêverie...

Une chaude nuit d'été. Le bruit des insectes amoureux résonne sur la plage. Le vent doux fait bruisser les feuilles des arbres longeant la baie. La porte de la cabane claque derrière le couple tandis qu'il sort. Deux adolescents, dévêtus, courent vers la plage. Ils se bousculent et rient tout en courant. La lune et les étoiles éclairent les remous des vagues, faisant briller de mille feux la nuit, pour le plus grand plaisir du couple. Le reflet des cheveux dorés de la fille attire le regard du garçon et sa main s'y fourre pour la décoiffer. Premiers pas dans l'eau. Elle est tiède, une baignoire géante n'aurait pas meilleure température. Ils continuent de jouer et de se taquiner tandis qu'ils avancent et que leurs pas sont ralentis par l'eau. Arrivés à bonne distance, ils se lancent un défi et se mettent à nager droit devant eux.

Le jour se lève, à l'horizon. Ils parlent et s'amusent s'arroser en même temps qu'ils nagent. La fatigue ne se fait pas encore sentir.

Ils aperçoivent enfin la petite île. Ils savaient qu'elle était là et voulaient la rejoindre. D'un regard complice, ils se mettent à nager plus vite, à remuer les bras et les jambes avec plus de force.

Quelques minutes plus tard, couchés sur le sable, humides et soufflant, ils se tiennent par la main.

- Tu crois qu'il y a d'autres îles comme ça? Demande la jeune fille.

- J'sais pas. Peut-être, oui. Sinon les gens devraient s'ennuyer. Le garçon était ailleurs, en train de rêver tout en regardant les nuages apparaître doucement dans un ciel se bleutant tranquillement.

- Dis, tu sais combien de temps que ça fait qu'on est arrivé ici? La jeune fille semble ne pas vouloir se reposer, elle semble avoir des tas de questions à poser. Le garçon, quant à lui veut prendre son temps, en profiter, profiter de leur lien à tous les deux.

- Non, et j'm'en fiche pas mal en vérité. Si j'y pensais, ça voudrait dire qu'avec toi je vois le temps passer. Ce serait bien triste je pense. Non? Il tourne sa tête vers la jeune fille. Il espère qu'avec cette question elle comprendra où il veut en venir et cessera de lui poser des questions pour, elle aussi, profiter de ce début de journée idyllique.

Elle tourne la tête vers lui aussi et lui sourit.

- Tu ne sais pas non plus combien de fois tu es venu là alors?

Le sourire du jeune homme suffit à lui répondre. Il ferme les yeux et se laisse bercer par le bruit des vagues, profitant du petit vent doux qui lui caresse le corps. Il n'ouvre pas les yeux lorsque la main de sa compagne effleure sa peau, se promène sur son corps, traçant des sillons invisibles.

Il repense à la façon dont elle est apparue. Elle était en robe blanche, légère, prête à s'envoler au moindre courant d'air. Elle était belle et avait envie de profiter de la vie. Il l'avait accueillie dans sa cabane au bord de la mer avant de lui offrir une tasse de cacao fait maison. Ils avaient discuté durant des jours, pris le temps de se connaître, de se raconter leurs vies. Lui n'était pas très bavard en fait, mais il ne l'avait jamais vraiment été. Il préférait vivre au jour le jour et profiter de la vie telle qu'elle passait sous ses yeux.

Ils étaient ensemble depuis 3 mois, il le savait, mais l'aurait-il dit qu'elle aurait continué à le questionner. Alors il profitait. Se laissant aller au bonheur d'être avec cette fille superbe et aimable. Il se laissait aller aux caresses de plus en plus insistantes qui désormais étaient accompagnées de tendres baisers.

Le soir, ils retournèrent à la cabane, tous les deux heureux de la journée passée à s'aimer sur le bord de mer ou dans la mer, à regarder les nuages passer et à rêver. Ils auraient aimé vivre à l'époque de D’Artagnan, l'époque où les hommes portaient chapeau et épée pour aller au secours de belles femmes à robes splendides. Lui se voyait fier et héroïque, homme d'honneur et de cour. Elle se voyait femme de rêve, aux vastes robes toutes colorées et garnies de dentelles, à la mouche posée sur une poitrine qui ne mettrait pas tant de temps à pousser. Ils se seraient rencontrés dans un bal et y auraient dansé toute la nuit. Ils seraient partis dans les bois après avoir emprunté un fiacre pour y passer des heures à s'aimer avant qu'ils ne doivent se séparer à nouveau pour respecter leur emploi du temps respectif.

Ils discutaient encore lorsque la nuit tomba. Ils se préparèrent à manger, en entrecoupant leurs actions de baisers, de caresses furtives et de mots doux.

Lorsqu'ils se couchèrent dans la cabane, ils étaient heureux.

Le lendemain, ils décidèrent de jouer à cache-cache. Evidemment, ils agrémentèrent leurs règles de divers petits détails à même de leur donner envie de jouer.

Mais après une heure passée à attendre, la jeune fille commençait à s'inquiéter. Attendre encore ou partir? Elle décidait de rester quelques minutes encore sur place, pour voir s'il ne la guettait pas malgré tout. Toujours plus inquiète à mesure que les minutes s'écoulaient, elle sortit de sa cachette et appela son ami, son amour. Ses appels restaient sans réponses.

Elle fouillait les alentours lorsqu'elle prit conscience d'une chose affreuse. Elle n'avait pas revu la cabane lorsqu'elle était allée sur la plage. Courant sans prendre garde aux branches basses, elle arriva rapidement à l'endroit où elle avait dormi depuis quelques temps. Mais rien. Pas une trace de vie. Pas une trace. Rien.

Elle était désespérée. Cherchant en tout sens, sans parvenir à comprendre ce qui lui arrivait.

Après des heures de recherches, elle décidait de partir à la nage vers l'île. A mi-chemin, le ciel se couvrit, les nuages se firent gros et l'orage commença à gronder. La pluie se mit à tomber fort, les gouttes étaient froides. Le vent n'était plus doux, l'eau devenait plus agitée.

Elle se débattait et poussait de toutes ses forces avec ses bras et ses jambes.

C'est une adolescente épuisée et transie par le froid et la fatigue qui arriva sur l'île. Elle ne trouva pas son ami non plus.

L'orage ne cessait pas, il tonnait, la pluie trempait tout, faisant même des trous dans le sable à chaque goutte qui s'y écrasait. Elle dut se cacher, trouver un abri en attendant.

A l'hôpital, dans le bureau du médecin chef, le psychologue et le médecin accueillent les parents. La nouvelle qu'ils ont à annoncer est grave.

- Monsieur, madame. Nous vous avons demandé de venir, nous avons un gros problème avec votre enfant.

Le psychologue hoche la tête. Lorsque le médecin finit d'expliquer la raison de leur venue, le père est en colère et la mère sous le choc. Le psychologue prend le relais et tente de leur présenter la situation de façon claire et raisonnée. Mais les parents ne désire pas être clairs et raisonnés et demandent à voir leur fille.

Le psychologue se tourne vers le médecin. Ce dernier, à son tour, hoche la tête. Comme un automate, le psychologue guide les parents, le médecin fermant la marche.

Ils arrivent devant une pièce où se tiennent différents enfants, tous entre 10 et 15 ans. Des filles, des garçons, tous assis, debout ou couchés dans leur coin. Leur enfant est assis à une table, tassée dans sa chaise, le visage bloqué sur une expression de peur. En face d'elle, un garçon impassible est debout et regarde le mur.

Le médecin repousse gentiment quelques enfants avant d'arriver avec les parents et son collègue devant la jeune fille.

- Monsieur, madame, je ne comprends pas. Nous voudrions faire des tests, mais il semble ne faire aucun doute. Votre fille est enceinte.

- Mais... Comment une enfant dans son cas, que personne n'a jamais entendu parler ou n'a jamais vu bouger pourrait-elle être enceinte Bon Dieu! Vous pouvez me l'expliquer ça quand même! Ce n'est pas la Vierge! On tombe pas enceinte comme ça! Le père est énervé et sert ses poings. Les deux scientifiques le regardent, visiblement mal à l'aise.

- C'est pour ça que nous avons prévu de faire passer des tests à votre fille ainsi que deux gardiens de nuits. La mère le coupe. - Et vous aussi j'espère!

Le psychologue tente de rattraper la situation. Oui, tous les hommes présents à l'hôpital passeront le test. Nous tenons à éclaircir cette affaire au plus vite. Tournant la tête vers l'adolescente, il a un air vraiment désolé, il reprend un ton professionnel avant d'ajouter. Par contre, est-ce que vous l'aviez déjà vu avec cette expression sur le visage?

- Non, jamais. Peut-être qu'elle a conscience de ce qui lui est arrivé? Le père reprend son calme, mais garde les poings serrés et les yeux rivés sur sa fille.

Nous ne savons pas. Mais Dieu que nous aimerions discuter avec elle, comprendre comment ça lui est arrivé.

Pendant ce temps, une nouvelle fille arrive au centre. Elle aussi, dans le même état. Renfermés dans leurs mondes ces enfants n'ont jamais réussi à communiquer avec le monde extérieur. Nul n'est jamais parvenu à décoder leurs pensées, leurs émotions. Parfois ils bougent, parfois ils changent d'expression, parfois même ils émettent un son. Mais tout le reste du temps, il ne se passe rien, atrocement rien. Le visage du jeune à côté des adultes qui discutent au sujet de leur fille se fait souriant, légèrement souriant.

Dans le bureau du directeur de l'hôpital, un dossier le tracasse. Malgré différents tests passés au sein du personnel, personne n'arrive à comprendre comment les trois dernières jeunes filles arrivées au cours des 10 derniers mois ont pu tomber enceinte...

Sur une plage, un adolescent accueille la nouvelle arrivante.

- Salut! Ça te dirait un cacao fait maison?

Posté par Lesendar à 08:18 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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vendredi 1 février 2008

Thème de février 2008

Nouvelle année, nouvelle "saison" de l'atelier avec pour se chauffer un petit thème large et sympa de Lesendar:

Voyage imaginaire

Bonne inspiration!

Pour rappel, voici quelques indications:

- Si vous voulez commenter ce thème (et le maudire) ou en proposer un pour les fois suivantes, n'hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de ce message.

- Un texte, par contre, méritera un message indépendant (afin de permettre de poster des commentaires spécifiquement sur ce texte). Autant que possible ne poster que le texte nu, si vous voulez ajouter une remarque concernant votre texte, postez la en commentaire.

- Tous les auteurs sont les bienvenus.

- Idéalement, le texte devra rester court, la lecture sur écran n'étant pas agréable à la longue. On évitera également les gros pavés de texte, sans saut de ligne...

- Idéalement, le texte devrait avoir été écrit spécifiquement pour cet atelier (je rappelle également qu'il y a une catégorie "Et pour quelques textes de plus" pour les textes hors thème mensuel).

- Pas de langage SMS, ni dans les textes, ni dans les commentaires...

- Et vous avez jusqu'au vendredi 29 février 2008, minuit, pour poster un texte :)

- On ne gagne rien, à part des commentaires et des critiques.

Posté par Khelren à 00:01 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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mardi 15 janvier 2008

Recueil de l'atelier 2007

Avec un peu de retard, j'officialise ce que j'avais laissé entendre dans certains commentaires: un recueil pdf sera compilé et disponible ici-même, regroupant les "meilleurs" (ou en tout cas les "préférés" ou encore plus simplement ceux qui auront été sélectionnés) textes.

Merci de m'indiquer les textes que vous aimeriez voir dans les commentaires. Les vôtres comme ceux des autres auteurs de ce blog collectif.
Pas de date limite pour cela mais le plus tôt sera le mieux ;)

Note pour plus tard: faire cette proposition pour le mois de décembre et non janvier (avec les fêtes et le nouvel an, c'est dur de trouver le temps pour écrire) :)

Posté par Khelren à 23:36 - Catégorie: Le Clandé
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Plastique

There's a flag wrapped around a score of men

A gag, a plastic bag on a monument

 

I beg to dream and differ from the hollow lies

This is the dawning of the rest of our lives

Greenday, Holiday

 

 

 

 

Dans la cohue paranoïaque des voyages aériens,

Une disposition salutaire fait récemment fureur.

La sécurité est désormais habilement renforcée

Par un allié inattendu : le sac plastique !

 

Il protège, bonnes gens, des bombes et des armes

Pour peu que l’explosif fasse plus de 100 millilitres.

Voilà une mesure que les terroristes, citoyens,

Ne sauront pas contrer ! Dormez tranquille !

 

Un grand penseur m’avait auparavant prévenu :

Si un pauvre portable, un simple lecteur mp3

Peut occasionner des troubles sur un avion

Mieux vaut peut-être alors ne pas l’utiliser.

 

Et personne ne saura expliquer pourquoi

De telles règles s’appliquent : c’est ainsi !

Prenons simplement garde que ce ne soit nous,

Qui nous retrouvions un jour dans un sac plastique…

Posté par Khelren à 23:30 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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lundi 31 décembre 2007

L.H.O vs J.F.K

Les miettes du biscuit s'éparpillent sur le sol tandis que l'homme arpente la pièce de long en large une nouvelle fois. Les heures se sont écoulées sans qu'il ne sorte. Il a répété plusieurs fois sa sortie d'ailleurs, la façon de ranger son arme, de laisser les empreintes de pas menant vers le toit, de fuir ensuite à partir des étages inférieurs. Il sait déjà la façon dont seront fouillées les pièces, une à une. Il sait aussi à qui il devra parler pour avoir son alibi et parvenir à s'enfuir. Tout ça il l'a préparé depuis des semaines. Mais il ne peut s'empêcher d'avoir le trac qui lui noue les entrailles. Machinalement, il porte un regard vers la rue, en bas.

Des piétons marchent dans toutes les directions, les voitures sont très rares, tout est normal, le président va passer d'ici une heure.

La somme qu'on lui a versé pour se payer ses services est exorbitante, mais le client n'est pas un client traditionnel. Lorsqu'on abat l'homme le plus observé du pays, il faut savoir oublier de compter et ne pas regarder à la dépense. Pour celui qui agit, tout est bien plus compliqué. Il ne peut s'assurer la confiance de personne, et donc, il ne peut en aucun cas négliger quoi que ce soit.

Machinalement, il récupère les miettes avant de les jeter par la fenêtre. Il repense à son employeur et se dit que si sa mission échouait, il ne survivrait pas longtemps. Celui qui l'a engagé sait trouver ses employés. D'ailleurs, s'en sortira-t-il réellement?

Il ne reste plus que 45 min. Est-ce qu'il le fera? Est-ce qu'il tuera ce président si aimé de son peuple? Lui, il possède ce pouvoir sur le destin, les autres le subiront. Est-ce qu'il donnera la mort?

La réponse à ces questions est oui, il agira. Nul choix possible. Accepter l'argent c'est signer l'accord. Une fois l'accord passé, il est trop tard pour reculer.

 

La parade passera sous les fenêtres, le président saluera évidemment la foule. Sa limousine décapotée, il y aura sa femme à ses côtés. Qui oserait penser qu'il pourrait être abattu? Personne ne peut désirer la mort de cet homme, personne n'oserait s'aventurer à la lui donner un jour tel que celui-ci. L'armée quadrille le secteur, tous les immeubles ont été inspectés et personne ne pourrait s'enfuir du quartier sans être fouillé s'il venait à y avoir un problème.

Ce n'est pas son problème, lui, il a tout prévu. Il sait qu'il descendra calmement chez le vieux voisin du dessous et qu'ils diront n'avoir rien entendu et qu'ils jouaient aux échecs depuis le début de l'après midi. Le vieil homme ayant de gros problèmes de mémoire, il ne parvient plus à comprendre le temps comme il faut, si bien qu'avouer, de bonne fois, que son compagnon était là depuis plusieurs heures se fera de façon naturelle. L'arme cachée dans un faux plafond inaccessible si on ne pense pas à fouiller à l'endroit concerné. Tout est prévu, pourtant l'événement est si important qu'il ne peut s'empêcher de suer comme en pleine canicule. A nouveau, il ressasse les ordres, et les moments clés de la parade.

Le temps passe décidément trop lentement.

Tout à coup, il souffle, son coeur s'accélère avant de retrouver un rythme normal. La musique a retenti d'un bout à l'autre de la ville. La parade démarre. Le président passera d'ici une vingtaine de minutes.

L'oeil sur la montre, l'homme ouvre calmement sa mallette. Il monte son arme tout en vérifiant consciencieusement chacune des pièces. Son geste est professionnel, et le bruit des hélicoptères quadrillant le secteur ne semble nullement le déranger. Les policiers arrivent en masse dans la rue pour écarter les passants ayant ignoré les barrières de sécurité et attendant leur héros en plein milieu de la route. L'homme finit de préparer son arme et la pose au sol avant de préparer son trépied. Le professionnel s'installe en soufflant profondément ses soucis par la bouche. Son arme montée sur le trépied, il observe par la fenêtre. Déjà le président apparaît au coin d'une rue à l'opposé. Il se demande quelles seront les conséquences de son acte. Qui en sortira vainqueur? A qui profitera réellement la mort du président? Comment les autres pays du monde interpréteront cet instant? Ces questions lui traversent l'esprit aussi vite qu'il les en chasse. Pas question de se laisser perturber.

Pourtant, il apprécie la politique menée par cet homme et son gouvernement. Depuis plusieurs années que le pays allait mal, c'est ce jeune président qui a su redonner espoir à son peuple. Les images parues dans les journaux ou à la télévision lui reviennent en mémoire, l'homme voyait le président souriant, prêt à porter sur ses propres épaules toute la misère de ses administrés.

Soufflant à nouveau pour chasser ses pensées parasites, l'homme continue de suivre l'avancée du président dans la lunette de visée de son arme. Il voit clairement son sourire sincère et franc, il voit sa femme radieuse, fière d'être aimée par cet homme si respectable et vertueux. Les hourras de la foule montent jusqu'à lui, il se sent un peu plus mal lorsqu'il a l'impression de voir une pointe d'embarras sur les lèvres du président. Il sait que le président est assez humble pour éprouver de la gêne face à toutes ces personnes saluant son passage.

L'homme est pris d'un vertige. Il tire malgré lui et blesse le président.

Son univers s'écroule instantanément. Il n'avait droit qu'à un tir. Après il devait ranger son matériel et s'enfuir comme prévu. Tirer un second coup permettrait aux militaires de le repérer. Que faire?

Il avait eu sa chance et n'osait la retenter. Sous le choc, il s'essuie le front et range son matériel tandis que de la rue montent les cris de stupeur et d'indignation et que les sirènes des secours retentissent de plus en plus fort.

Quelques minutes plus tard, il est à l'étage inférieur, le vieil homme lui ouvre, persuadé qu'il accueille un ami joueur d'échecs.

Le vieil homme fait remarquer que les cris venant d'en bas le dérangent, mais qu'il n'ose pas regarder. Il a le vertige et se souvient d'un de ses compagnons tombé d'un avion durant le Vietnam. Son ami lui conseille d'allumer la télé, et c'est ensemble qu'ils découvrent l'horrible nouvelle. Le président vient d'être assassiné. Il a reçu une balle en pleine tête après avoir été blessé l'instant d'avant.

L'homme s'effondre dans sa chaise. Il est en sueur et ne peut plus bouger. Tous les muscles de son corps se ramollissent. Le vieil homme laisse tomber son plateau d'échec.

 

A la fin de la journée, l'homme est revenu chez lui. Son plan ayant fonctionné. Il se sent mal à l'aise, au bord de la crise d'angoisse. Il n'a tiré qu'un coup, pourtant le président a reçu deux balles. Il l'a blessé, pourtant il est mort. Il n'arrive plus à comprendre quoi que ce soit. Sa compagne tente de le calmer, de lui demander d'expliquer la cause de son état, mais rien n'y fait. Il demeure silencieux, sûr qu'il ne passera pas la nuit.

 

En pleine nuit, en effet, la police arrive chez lui. On ne ménage ni lui ni sa compagne. Elle crie, lui est encore sous le choc. Il ne résiste pas, résigné, il sait qu'il est vendu, mais ne comprend pas.

Il pense avoir été payé par un opposant du président qui l'a trahit en engageant un second tueur. Or seule son arme a été retrouvée, vide de deux munitions. Les deux balles extirpées du corps du président sont celles manquant dans le fusil du coupable. Il se sent victime d'une manipulation, mais sans pouvoir l'expliquer, sans parvenir à démêler la sombre vérité.

En prison, on le frappera, on l'injuriera, on le détruira dans tous les sens du terme, pourtant il ne dira rien qu'on ne sache déjà. On l'accusera encore durant les interrogatoires, on lui demandera encore sa version des faits, qui collera de plus en plus avec la réalité des événements. Au final il s'accusera lui même, convaincu de ce dont on l'accuse. Il ne restera que peu de temps en prison, très rapidement il sera jugé coupable et se retrouvera amené vers la fin de l'histoire. Il sera condamné à la peine de mort.

Entre deux, il ne saura plus exactement quand, il recevra la visite de son employeur. En pleine journée? En pleine nuit? Etait-ce seulement bien réel? Tout se mélangera.

Qu'aura-t-il réellement fait, qui aura réellement tué le président, pourquoi sera-t-il mort?

Son, ou au final, ses opposants y gagneront-ils réellement le pouvoir? Seront-ils assez fort pour faire oublier la mort de ce héros national?

 

Posté par Lesendar à 11:25 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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mercredi 5 décembre 2007

chronique d'une mort annoncée...

Je lance un appel à la prise de conscience et à la solidarité. Je tire la sonnette d'alarme de tous ces gens assis bien tranquillement devant leur télévision qui les manipule et les désinforme plus qu'elle ne leur donne les clefs de la compréhension du monde actuel.

Il se passe actuellement en France quelque chose qui ne peut pas vous échapper. Les grèves. La grève : manifestations, blocages d'universités et de lycées, négociations diverses avec le gouvernement, et bien sûr, le bal des forces de l'ordre.

La grogne s'installe. Pas contents! Pas contents! Mais pas méchants pour autant... On a pas décidé de guillotiner qui que ce soit -pour le moment. Les réformes en cours sont contestées. Les cheminots, les fonctionnaires, les étudiants, les lycéens, les sans-papiers, les personnels de la justice, et même les patrons sont en pleine mobilisation!

Nous vivons dans une démocratie, nous avons élu un président, qui a constitué un gouvernement qui fait les lois. Mais devons-nous bêtement nous désengager de la vie politique de notre pays dès lors qu'il y a un grand manitou pour tout décider à notre place? Devons-nous accepter comme des moutons ces réformes que nous ne voulons pas?

Nous avons le droit de vouloir ou de ne pas vouloir des lois proposées (et qui malheureusement commencent à être appliquées). Et nous avons le pouvoir de tout changer. Nous avons le pouvoir de refuser les mascarades sociales que nous impose le gouvernement. La grève est légitime et il faut se mobiliser. Soyez pragmatiques!! Informez-vous, engagez-vous, revendiquez votre droit de grève et de refus des réformes en cours, descendez dans la rue et criez!! Criez!!

La démocratie c'est le pouvoir au peuple. Alors si le peuple n'est pas content qu'il le crie! Mais le peuple dort...

Petit lexique bien utile:

démocratie : Régime politique, système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple, par l'ensemble des citoyens / Doctrine selon laquelle l'État doit permettre l'exercice de la liberté des citoyens; régime correspondant / Mode d'existence collective, où les mêmes avantages sont accordés à tous / Mode de vie où s'exerce la responsabilité collective / Groupe de personnes dont l'organisation présente des caractéristiques identiques à celles du régime politique du même nom.

légitimité : Qualité, état de ce qui est légitime, conforme au droit, à la loi / Conformité de quelque chose, d'un état, d'un acte, avec l'équité, le droit naturel, la raison, la morale.

pragmatique : Qui concerne les faits réels, l'action et le comportement que leur observation et leur étude enseignent / Qui est plus soucieux de l'action, de la réussite de l'action que de considérations théoriques ou idéologiques / Qui est fondé sur l'action, la réussite dans l'action.

Petites citations plaisantes à méditer :

"Pour maintenir (...) la démocratie des opinions, on proclame (...) le principe du jugement privé" (Lamennais, Religion, 1826, p. 7).

"J'ose former le vœu que les démocraties d'Europe retrouvent enfin leur liberté" (Guéhenno, Journal « Révol. », 1938, p. 262)

"Ce n'est qu'après qu'une guerre a été entreprise, qu'on peut rendre les ministres responsables de la légitimité de cette guerre" (Constant, Princ. pol., 1815, p. 76).

"Étienne parlementait toujours, cherchant à convaincre Deneulin de la légitimité de leur action révolutionnaire. Mais celui-ci répondait par le droit au travail "(Zola, Germinal, 1885, p. 1411).

"L'un [Sartre], cérébral, veut articuler l'éthique et la politique, quand l'autre [Camus], sensuel et pragmatique, les oppose (Le Nouvel Observateur, 22 juin 1984, p.90, col. 3)"

Posté par aloaluil à 19:52 - Catégorie:
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samedi 1 décembre 2007

Thème de décembre 2007

Thème à la fois court et très large de la p'tite Aloaluil :

Le pouvoir

Y a de la marge pour pas mal de textes différents...

Bonne inspiration!

Pour rappel, voici quelques indications:

- Si vous voulez commenter ce thème (et le maudire) ou en proposer un pour les fois suivantes, n'hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de ce message.

- Un texte, par contre, méritera un message indépendant (afin de permettre de poster des commentaires spécifiquement sur ce texte). Autant que possible ne poster que le texte nu, si vous voulez ajouter une remarque concernant votre texte, postez la en commentaire.

- Tous les auteurs sont les bienvenus.

- Idéalement, le texte devra rester court, la lecture sur écran n'étant pas agréable à la longue. On évitera également les gros pavés de texte, sans saut de ligne...

- Idéalement, le texte devrait avoir été écrit spécifiquement pour cet atelier (je rappelle également qu'il y a une catégorie "Et pour quelques textes de plus" pour les textes hors thème mensuel).

- Pas de langage SMS, ni dans les textes, ni dans les commentaires...

- Et vous avez jusqu'à la fin de l'année pour poster un texte :)

- On ne gagne rien, à part des commentaires et des critiques.

Posté par Khelren à 00:01 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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vendredi 30 novembre 2007

Si la tragédie n'était autre chose que l'art de louer...

- Je ne peux tout de même pas accepter?
- Ecoute. Tu l'as bien trouvé sur ta porte cette annonce.
- Oui.
- Elle t'était directement destinée, non?
- Oui, mais...
- Comment peux-tu penser ne serait-ce un instant à refuser cette proposition? Elle t'est destinée, arrivée par hasard au meilleur moment. J'y vois un signe puissant.
- Mais si c'est André, ou Pierre qui m'jouent un tour?
- Et alors? Même dans ce cas, ne seraient-ils pas les instruments d'une certaine destinée? Tu disais toi même qu'il ne t'était pas possible de réussir si tu n'avais pas de toit, et désormais tu l'as!
- Oui, mais je n'ose pas l'accepter. J'ai un mauvais pressentiment. Je sens quelque chose peser au-dessus de moi.
- Tu es pessimiste, je pense que c'est tout. Tu n'as jamais été quelqu'un de chanceux et pour une fois que ...
- C'est bon. J'irais voir!

Les deux jeunes se jettent un regard complice et tournent la tête vers leurs amis.
La lumière de la salle s'allument, révélant une salle de spectacle universitaire. Un professeur, un vague artiste méconnu, entouré d'une dizaine d'élèves se tient silencieux face aux deux acteurs.
- C'est là tout ce que vous nous proposez?
Baissant le visage tous les deux, ils acquiescent.
- Et bien... Il ne sera pas dit que je tirerais de futurs artistes cette année. Je n'arrive même pas à concevoir que vous soyez arrivés jusqu'à moi dans cet état! Ce que vous venez de me montrer est d'une fadeur... Une fadeur digne d'un show Télé de 19h30, vous surjouez, sans que ça ne semble crédible un instant! Comme... Ah! C'est laid! Bon, Noémie, avec moi, sur scène! Montrons leur ce que c'est que de jouer une scène!

Quelques heures plus tard dans un bar.
- Il a été vache le Duick quand même. Il aurait pu être plus cool quand même.
- Bah tu sais... On était pas fameux... enfin...
- Oui... C'était quand même vrai ce qu'on disait, on pouvait pas faire plus crédible...
- Et oui! Allez! Allons-y, tu vas être à la bourre.

Comme lorsqu'ils étaient en cours, ils se relèvent et rient à la seule pensée qu'ils n'avaient pas joué durant le cours, ils avaient réellement discuté. Depuis quelques temps, ils n'allaient plus à ce cours autrement qu'en se sentant forcés. Leur prof semblait avoir décidé qu'ils étaient mauvais. C'était simple, sitôt ils rentraient dans la salle, il se mettait à les incendier.

Au bas d'un immeuble parisien, les deux jeunes se séparent. Le soleil brille tandis que le garçon pousse la porte pour se rendre à son rendez-vous. Il monte les escaliers, pensant aux papiers qu'il devra présenter et à l'argent que représentera le loyer. Il n'a pas menti lorsqu'il a dit que posséder un toit lui permettra enfin de s'en sortir. Artiste, il se doit de posséder un chez soi avec une pièce où laisser ses idées et ses pensées lorsqu'il doit aller en cours. L'appartement sur lequel il a jeté son dévolu lui a été proposé par une publicité scotchée sur la porte d'entrée du logement de son amie, Stéph'. Depuis quelques semaines, elle l'héberge gratuitement, mais il n'arrivait pas à s'exprimer librement sans sa bulle, cet espace où son cerveau, son corps et son âme se mêlent au travers de ses toiles, de sa musique et de ses chorégraphies.
Perdu dans ses pensées, il arrive face à son futur locataire.
Sa surprise est totale lorsqu'il se rend compte qu'il est face à son professeur. Ce dernier lui sourit poliment, visiblement étonné.
- Ainsi c'était vous que j'attendais. Vous savez que vous ne m'avez pas laissé de nom dans votre message?
Gêné, le jeune répond.
- Je sais. Mais...
Coup d'oeil fugace, une idée est passée.
Vous comprenez, avec mon nom, je suis souvent celui qui n'est rappelé que si vraiment personne ne s'est présenté avant... J'ai essayé de trouver un endroit où vivre depuis quelques semaines, mais c'est difficile...
- Oui, bon.. Maintenant qu'on est là, je dois tout de même vous présenter l'appartement. J'ai d'autres personnes intéressées.
Commençant à esquisser un pas, le professeur reprend aussitôt, montrant qu'il vient de se souvenir d'un point important.
Vous avez tous les papiers?
Echanges de documents. Visite de l'appartement.
- C'est grand ici. Ce sera mon premier chez moi. Du moins celui où je me sentirai chez moi. C'est à vous ici?
- Bien sûr. Le nom qui est écrit sur ce papier, c'est bien la personne se portant garante pour vous?
- Oui, bien sûr. C'est un ami en fait. Il a déclaré, devant un avocat, qu'il se porterait garant pour moi.

- Mais... C'est bien la personne à qui je pense?
- Oui, c'est le présentateur télé. C'était un ami de mes parents. Mais lorsque ... Lorsqu'ils sont partis, il m'a recueilli.
La voix du jeune homme est devenue trouble. Son souffle vacille à son tour.
Le Silence s'installe durant un court instant. Puis le professeur prend la parole.
- Pas de soucis. Bon, voici la Chambre.
Quelques pas plus loin.
Voici la salle de bain. Oui, la douche et les WC sont dans la même pièce, mais on s'en sort plus facilement qu'on ne le pense.
Le jeune s'arrête devant le lavabo et le caresse en regardant la cuvette des toilettes, tout en disant
- Et bien, ce sera toujours mieux que l'appartement que j'avais avec un de mes amis, on avait la salle de bain et les WC derrière une sorte d’auvent dans la salle principale... Là au moins je serais seul et à l'aise.

Assis à la table de la cuisine, le professeur sert un café chaud et odorant à son élève.
Puis comme s'il venait seulement de réagir, il pose une question qui devait lui trotter en tête.
- Sinon, qu'est-ce que vous comptez faire après cette année?
- Pardon?
- Oui, vous assistez à mon cours, mais dans quel but?

Seule une goutte de café tombée de la cafetière sur la plaque de maintien au chaud se fait entendre. Puis, le futur locataire trouve sa réponse.
- Et bien, je ne sais pas encore. Mais je pense que j'aimerais écrire des pièces de théâtre.
Les yeux du jeune homme se mettent à briller légèrement, comme si les larmes allaient couler.
- Vous? Pourquoi?
- Et bien... Euh... En fait, lorsque j'ai perdu mon père, il écrivait une pièce. Je me suis promis de la lui terminer. Pour lui rendre hommage.

Hochement de tête compréhensif de son aîné.
- Je comprends. J'espère que vous y arriverez. En cas de soucis, n'hésitez pas à me demander de l'aide.

Quelques minutes plus tard, dans la rue. Le professeur salue son élève, une pointe d'émotion et d'empathie dans la voix et la façon d'être.
- Et bien, je vous donnerai ma réponse demain.
Voix hésitante mais chargée d'espoir.
- Merci monsieur. C'est vraiment chouette ici!
Une brève poignée de main, appuyée par une tape paternelle sur l'épaule et l'entrevue est terminée.

- Tu n'y es pas allé un peu fort?
- Non. Je ne crois pas. Il a tout gobé!
- Oui, mais le coup du présentateur télé?
- Et bien, figure-toi que Pierre, me devait un gros service... Du coup, j'ai profité qu'il ait enfin eu son titre d'avocat pour lui demander de me produire ce papier... De ce côté aucun risque, tout est prévu.
- Oui, mais c'est quand même Duick. Il est malin...
- Pas autant que moi. Tu sais, lorsque j'ai vu cette annonce, avec son nom. J'ai tout de suite su que cet appartement serait le mien! Comment pourrait-il me passer sous le nez désormais?

Le lendemain, le cours prend fin. Toute la classe sort de la salle restée sombre par la faute des rideaux tirés. Seuls le professeur et l'élève sont encore présents.
Le professeur prend la parole d'une voix de plus en plus magistrale.
- Ainsi, l'élève veut dépasser le maître. L'élève pense pouvoir berner le maître... Pour l'appartement, c'est évidemment avec une certaine satisfaction que je vous le refuse. Je n'ai rien contre vous, c'est même moi qui aie collé cette affiche contre la porte de mademoiselle Goriée. Mais je n'aurais jamais pensé que vous étiez si mauvais acteur. Comment pouviez-vous croire ne serait-ce un instant que j'allais gober tous vos mensonges? Aucune de vos émotions n'était à propos. Votre voix elle-même sonnait faux. Le comble lorsqu'on cherche à amadouer son public.
Savez-vous que Pierre et le fils de mon meilleur ami? Oui, le même Pierre qui a signé ces documents que vous m'avez présenté...
Je suis désolé jeune homme. Mais j'aurais même pu me permettre de porter plainte pour cette pâle mascarade. Mais je n'en ferais rien! Je vous sommerais seulement de bien vouloir ne plus vous présenter à mon cours!
Les Paroles de son professeur touchaient l'élève une à une, sans qu'il ne trouve à reprendre son souffle. Lui qui pensait avoir gagné et leurré son professeur se retrouvait sans rien.
Le professeur allait sortir de la pièce lorsqu'il dit:
Ha oui, pendant que j'y pense. Votre père, s'il n'est pas mort devrait songer à vous enseigner des extraits de pièce moins connues que les pièces Polonaises les plus connues.
Puis, méprisant:
Même à cet instant, vous n'arrivez pas à me faire éprouver de la pitié pour vous!

Rideaux. Applaudissements.

Posté par Lesendar à 23:51 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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Adieu les saints

J’avais à peine dix ans lorsque mon grand-père maternel est décédé. Je me rends compte que j’étais jeune pour pleinement appréhender ce que cela signifiait, mais j’avais néanmoins saisi que plus jamais je n’allais le revoir et qu’il avait cessé de vivre, de respirer, de bouger…

Au premier regard, son teint cireux et les cotons qu’il avait dans le nez m’avaient intrigué. Il était étendu sur le lit, les bras contre le corps, immobile alors qu’une légère odeur, m’évoquant la naphtaline, flottait dans la pièce.

La blessure qu’il s’était fait au front en tombant, terrassé par une crise cardiaque, avait été parfaitement dissimulée par le maquillage. « Il est mort avant d’avoir touché le sol », nous avait-on dit, peut-être pour rassurer les vivants, la grande crainte que nos proches puissent souffrir avant de s’éteindre avait été dissipée.

Je le regardais, muet de réflexion intérieure. On pensait que je me recueillais.

Je me souviens toujours de la difficulté et du ridicule pour sortir le cercueil du petit appartement où il logeait, lui qui était si grand. Le seuil des portes et l’angle étroits dans le couloir de son étage avaient obligé les porteurs à s’y reprendre à plusieurs reprises pour l’emmener au crématorium.

Ce fut dans cet endroit dont il ne me reste presque plus aucun souvenir que je retrouvai toute notre famille, venue pleurer ce cher disparu. J’étais le seul qui n’exprimait aucune peine ouvertement. « Il est trop jeune pour réaliser », songeait-on.

Et là, on me parla de lui, de ce grand-père que je connaissais bien, de ce qu’il avait fait autrefois, de quel homme merveilleux il était.

Les larmes me vinrent… Avais-je trop lutté pour les retenir ?

Pendant un long moment on me décrivit un homme incroyable, presque parfait, bon, généreux, un époux, un frère, un père ou un oncle formidable et ma seule réponse était des pleurs silencieux.

Nous fûmes enfin appelés pour assister à l’entrée du cercueil dans le four. Je ne sais plus trop ce que j’ai pu penser à cet instant précis. Les portes se refermèrent et les flammes jaillirent aussitôt. A travers le petit hublot, je voyais ce dernier instant tandis que tout le monde demeurait silencieux. Tout le monde devait songer à l’homme qui disparaissait enveloppé de centaines de degrés. Aux détails de cet être, à ses yeux, sa barbe, ses mains, son rire, sa voix grave et éraillée par l’âge qui devenaient cendres puis poussières.

Moi, moi je songeais à ce que l’on m’avait raconté sur lui. A cet homme exceptionnel qu’on m’avait dépeint. A cet homme que je n’avais jamais connu. Je me souviens parfaitement de mon grand-père mais celui que j’ai connu n’était pas aussi parfait que dans les descriptions des autres.

C’était un homme faillible, un homme parfois ingrat, parfois égoïste. Il avait été injuste avec moi et souvent il se mettait en colère pour un rien. Par la force, il tentait de me dresser, de me forger tel qu’il aurait aimé que je sois et tel que je ne voulais pas être. Chacun de ses défauts me revenait en mémoire.

Par quel étrange procédé, les vivants idéalisent-ils leurs morts ? Sont-ils prêts à oublier tous les heurts, tous les cris et toutes les peines infligées ? Chassés de leur conscience, il ne reste alors plus qu’un être purifié, comme si là est le seul véritable cadeau de la mort. Qu’il est hypocrite que nos cimetières soient ainsi peuplés de saints et non des salauds qui ont vécu…

Non grand-père, je me souviens de toi tel que tu étais. Je me souviens que tu étais homme, imparfait ; je me souviens de tes défauts, de tes erreurs, de tes mensonges. Je me souviens de toi avec exactitude, sans le moindre voile de connivence. Ce qui ne m’empêche pas de t’avoir aimé comme seul un petit-fils peut aimer. Et parfois je me demande si ce n’est pas moi qui suis le seul à véritablement honorer ta mémoire, le seul à avoir pleuré l’homme que tu étais vraiment, alors que les autres te changeaient en quelqu’un que tu n’étais pas.

Posté par Khelren à 22:08 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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