L'atelier d'écriture clandestin

Un atelier d'écriture virtuel ouvert à tout ceux qui aiment écrire et désirent s'améliorer

lundi 31 décembre 2007

L.H.O vs J.F.K

Les miettes du biscuit s'éparpillent sur le sol tandis que l'homme arpente la pièce de long en large une nouvelle fois. Les heures se sont écoulées sans qu'il ne sorte. Il a répété plusieurs fois sa sortie d'ailleurs, la façon de ranger son arme, de laisser les empreintes de pas menant vers le toit, de fuir ensuite à partir des étages inférieurs. Il sait déjà la façon dont seront fouillées les pièces, une à une. Il sait aussi à qui il devra parler pour avoir son alibi et parvenir à s'enfuir. Tout ça il l'a préparé depuis des semaines. Mais il ne peut s'empêcher d'avoir le trac qui lui noue les entrailles. Machinalement, il porte un regard vers la rue, en bas.

Des piétons marchent dans toutes les directions, les voitures sont très rares, tout est normal, le président va passer d'ici une heure.

La somme qu'on lui a versé pour se payer ses services est exorbitante, mais le client n'est pas un client traditionnel. Lorsqu'on abat l'homme le plus observé du pays, il faut savoir oublier de compter et ne pas regarder à la dépense. Pour celui qui agit, tout est bien plus compliqué. Il ne peut s'assurer la confiance de personne, et donc, il ne peut en aucun cas négliger quoi que ce soit.

Machinalement, il récupère les miettes avant de les jeter par la fenêtre. Il repense à son employeur et se dit que si sa mission échouait, il ne survivrait pas longtemps. Celui qui l'a engagé sait trouver ses employés. D'ailleurs, s'en sortira-t-il réellement?

Il ne reste plus que 45 min. Est-ce qu'il le fera? Est-ce qu'il tuera ce président si aimé de son peuple? Lui, il possède ce pouvoir sur le destin, les autres le subiront. Est-ce qu'il donnera la mort?

La réponse à ces questions est oui, il agira. Nul choix possible. Accepter l'argent c'est signer l'accord. Une fois l'accord passé, il est trop tard pour reculer.

 

La parade passera sous les fenêtres, le président saluera évidemment la foule. Sa limousine décapotée, il y aura sa femme à ses côtés. Qui oserait penser qu'il pourrait être abattu? Personne ne peut désirer la mort de cet homme, personne n'oserait s'aventurer à la lui donner un jour tel que celui-ci. L'armée quadrille le secteur, tous les immeubles ont été inspectés et personne ne pourrait s'enfuir du quartier sans être fouillé s'il venait à y avoir un problème.

Ce n'est pas son problème, lui, il a tout prévu. Il sait qu'il descendra calmement chez le vieux voisin du dessous et qu'ils diront n'avoir rien entendu et qu'ils jouaient aux échecs depuis le début de l'après midi. Le vieil homme ayant de gros problèmes de mémoire, il ne parvient plus à comprendre le temps comme il faut, si bien qu'avouer, de bonne fois, que son compagnon était là depuis plusieurs heures se fera de façon naturelle. L'arme cachée dans un faux plafond inaccessible si on ne pense pas à fouiller à l'endroit concerné. Tout est prévu, pourtant l'événement est si important qu'il ne peut s'empêcher de suer comme en pleine canicule. A nouveau, il ressasse les ordres, et les moments clés de la parade.

Le temps passe décidément trop lentement.

Tout à coup, il souffle, son coeur s'accélère avant de retrouver un rythme normal. La musique a retenti d'un bout à l'autre de la ville. La parade démarre. Le président passera d'ici une vingtaine de minutes.

L'oeil sur la montre, l'homme ouvre calmement sa mallette. Il monte son arme tout en vérifiant consciencieusement chacune des pièces. Son geste est professionnel, et le bruit des hélicoptères quadrillant le secteur ne semble nullement le déranger. Les policiers arrivent en masse dans la rue pour écarter les passants ayant ignoré les barrières de sécurité et attendant leur héros en plein milieu de la route. L'homme finit de préparer son arme et la pose au sol avant de préparer son trépied. Le professionnel s'installe en soufflant profondément ses soucis par la bouche. Son arme montée sur le trépied, il observe par la fenêtre. Déjà le président apparaît au coin d'une rue à l'opposé. Il se demande quelles seront les conséquences de son acte. Qui en sortira vainqueur? A qui profitera réellement la mort du président? Comment les autres pays du monde interpréteront cet instant? Ces questions lui traversent l'esprit aussi vite qu'il les en chasse. Pas question de se laisser perturber.

Pourtant, il apprécie la politique menée par cet homme et son gouvernement. Depuis plusieurs années que le pays allait mal, c'est ce jeune président qui a su redonner espoir à son peuple. Les images parues dans les journaux ou à la télévision lui reviennent en mémoire, l'homme voyait le président souriant, prêt à porter sur ses propres épaules toute la misère de ses administrés.

Soufflant à nouveau pour chasser ses pensées parasites, l'homme continue de suivre l'avancée du président dans la lunette de visée de son arme. Il voit clairement son sourire sincère et franc, il voit sa femme radieuse, fière d'être aimée par cet homme si respectable et vertueux. Les hourras de la foule montent jusqu'à lui, il se sent un peu plus mal lorsqu'il a l'impression de voir une pointe d'embarras sur les lèvres du président. Il sait que le président est assez humble pour éprouver de la gêne face à toutes ces personnes saluant son passage.

L'homme est pris d'un vertige. Il tire malgré lui et blesse le président.

Son univers s'écroule instantanément. Il n'avait droit qu'à un tir. Après il devait ranger son matériel et s'enfuir comme prévu. Tirer un second coup permettrait aux militaires de le repérer. Que faire?

Il avait eu sa chance et n'osait la retenter. Sous le choc, il s'essuie le front et range son matériel tandis que de la rue montent les cris de stupeur et d'indignation et que les sirènes des secours retentissent de plus en plus fort.

Quelques minutes plus tard, il est à l'étage inférieur, le vieil homme lui ouvre, persuadé qu'il accueille un ami joueur d'échecs.

Le vieil homme fait remarquer que les cris venant d'en bas le dérangent, mais qu'il n'ose pas regarder. Il a le vertige et se souvient d'un de ses compagnons tombé d'un avion durant le Vietnam. Son ami lui conseille d'allumer la télé, et c'est ensemble qu'ils découvrent l'horrible nouvelle. Le président vient d'être assassiné. Il a reçu une balle en pleine tête après avoir été blessé l'instant d'avant.

L'homme s'effondre dans sa chaise. Il est en sueur et ne peut plus bouger. Tous les muscles de son corps se ramollissent. Le vieil homme laisse tomber son plateau d'échec.

 

A la fin de la journée, l'homme est revenu chez lui. Son plan ayant fonctionné. Il se sent mal à l'aise, au bord de la crise d'angoisse. Il n'a tiré qu'un coup, pourtant le président a reçu deux balles. Il l'a blessé, pourtant il est mort. Il n'arrive plus à comprendre quoi que ce soit. Sa compagne tente de le calmer, de lui demander d'expliquer la cause de son état, mais rien n'y fait. Il demeure silencieux, sûr qu'il ne passera pas la nuit.

 

En pleine nuit, en effet, la police arrive chez lui. On ne ménage ni lui ni sa compagne. Elle crie, lui est encore sous le choc. Il ne résiste pas, résigné, il sait qu'il est vendu, mais ne comprend pas.

Il pense avoir été payé par un opposant du président qui l'a trahit en engageant un second tueur. Or seule son arme a été retrouvée, vide de deux munitions. Les deux balles extirpées du corps du président sont celles manquant dans le fusil du coupable. Il se sent victime d'une manipulation, mais sans pouvoir l'expliquer, sans parvenir à démêler la sombre vérité.

En prison, on le frappera, on l'injuriera, on le détruira dans tous les sens du terme, pourtant il ne dira rien qu'on ne sache déjà. On l'accusera encore durant les interrogatoires, on lui demandera encore sa version des faits, qui collera de plus en plus avec la réalité des événements. Au final il s'accusera lui même, convaincu de ce dont on l'accuse. Il ne restera que peu de temps en prison, très rapidement il sera jugé coupable et se retrouvera amené vers la fin de l'histoire. Il sera condamné à la peine de mort.

Entre deux, il ne saura plus exactement quand, il recevra la visite de son employeur. En pleine journée? En pleine nuit? Etait-ce seulement bien réel? Tout se mélangera.

Qu'aura-t-il réellement fait, qui aura réellement tué le président, pourquoi sera-t-il mort?

Son, ou au final, ses opposants y gagneront-ils réellement le pouvoir? Seront-ils assez fort pour faire oublier la mort de ce héros national?

 

Posté par Lesendar à 11:25 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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Commentaires

Mouais

Salut!
Bon alors j'ai écrit ce texte en un peu moins d'une heure le 31 avant d'aller au travail, et bon euh... Pour diverses raisons je ne récupère le net qu'aujourd'hui, donc le voici.

J'dois dire que j'aurais pas pensé écrire sur ça en fait. J'avais pas le net donc j'sais pas c'qui est vrai ou pas, mais en même temps on s'en fiche.

J'aurais pu entrer plus dans la tête de LHO, mais ça m'intéressait pas, là j'voulais un tit texte avec une tite ambiance... Quelque chose d'assez visuel pour peu qu'on prenne le temps, en lisant, d'imaginer les choses. Et c'est là qu'j'suis un peu désolé, c'est qu'j'ai pas pris le temps d'décrire plus la pièce....

En tout cas c'est amusant, ça m'a fait penser à Code Quantum^^

Posté par lesendar, jeudi 3 janvier 2008 à 11:32

mouais 2

Bon après vérifications, on voit les grosses erreurs liées à la "vérité". Il n'avait plus sa femme et n'a pas été chopé en pleine nuit... Bon bah j'ai quasi pas raté l'coche. Me manque plus qu'à lire vos critiques :)

Posté par lesendar, dimanche 6 janvier 2008 à 15:37

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