L'atelier d'écriture clandestin

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vendredi 29 février 2008

Pièce monologuée en deux actes, ou Une belle journée à Paris

"Ah, Paris, quelle belle ville ! Regarde-moi ça si c'est beau !"

I.

A l'entrée des marches qui mènent à la basilique du Sacré-Coeur dans le quartier de Montmartre, les touristes de tout poil, toutes nationalités confondues, essaient de se frayer un chemin vers l'entrée, à proximité de laquelle se tiennent deux Noirs qui profitent du tohu-bohu pour vendre des bracelets en tissu de mauvaise qualité. Quand je tente de passer à côté un des Noirs se précipite vers moi, me prend par le bras dans le but de me glisser sur le poignet un de ses bracelets immondes, tout en caquetant sans arrêt des mots en anglais, un caquètement ininterrompu, une voix de tête affreuse et caquetante, je veux retirer ma main, en lui disant poliment, "Non merci," mais il continue à me seriner son baratin de camelot africain, son bracelet minable toujours à la main, "Very nice bracelet, you buy, arigato, tchin tchin," et là j'en ai assez, je lui assenerais une baffe sur la gueule, et je lui dis, "Hé tu me lâches, connard ?" et je vois sur son visage la surprise qui se mêle au dégoût, dégoût qui se mue en indifference quand je lui lance, avant de me détourner de son visage noir luisant dégoulinant de sueur, "Putain de merde..." La vue sur la ville depuis le Sacré-Coeur était magnifique.

II.

Il est toujours sidérant de constater à quel point les Français (mais pas tous, loin de là, il ne faut pas tomber dans le même piège !), surtout ces Français d'un certain âge, puant l'eau de javel, franchouillards, quoique pas forcément d'extrême droite (faut pas généraliser), à quel point, donc, ils sont incapables de faire preuve d'un minimum d'ouverture d'esprit quand ils ont le malheur, et quel malheur, d'avoir affaire à une personne dont le faciès est facilement assimilable à un groupe éthnique dit minoritaire, autrement connu sous le doux sobriquet de "salopards de chinetoque aux yeux bridés" (un pléonasme s'il en est). On les trouve, par exemple, dans la rue Mouffetard, derrière leurs étals de légumes, ces mémères qui s'efforcent de me baragouiner dans un anglais de chiotte parce qu'ils me prennent pour un touriste. J'entre ensuite dans une crêperie et ne voilà-t-il pas que la serveuse, si ce n'est la propriétaire du resto, un tout petit resto bondé de monde, elle se met à me parler, elle aussi, en anglais, et je suis donc obligé, pour la deuxième fois, de lui faire savoir que je ne suis pas un touriste, japonais, chinois, au choix, tout juste bon à écorcher quelques mots d'anglais, désolé mais s'il est vrai que je parle aussi couramment anglais, langue dans laquelle j'ai fait une partie de mon primaire et mon secondaire, je ne vais pas perdre mon temps à le parler avec vous. (Je me suis gardé de lui dire tout ça.) Le sourire de cette dame se fige, et c'est à croire qu'elle venait de chier dans mon slip par mégarde : elle se confond en excuses, on dirait un partisan d'extrême gauche accusé de racisme contre les renois. Et puis, dans la même journée, il m'est arrivé d'avoir envie de prendre un café au MK2-Bibliothèque (normalement les cafés à 5 euros ne me tentent guère mais j'étais dans le coin histoire de visiter la Cinémathèque avec L., ma copine), et, ayant commandé un irish coffee et une boite de je me rappelle plus, de beignets ? de croissants ? d'étrons ? je suis allé à la caisse et le caissier, un jeune Noir souriant, il me semble me souvenir qu'il avait des dreads, enfin, peu importe, et un pull blanc à col roulé genre Célio ou H&M, bon bref, un type sympa à première vue, pas du tout l'air d'un imbécile de premier plan mais les apparences sont souvent trompeuses comme on va voir, toujours souriant il me dit en anglais, avec son accent de merde, "Ten euro." Au risque de couper les cheuveux en quatre, précisons, ici, que j'aurais pu, à la limite, lire le prix affiché sur l'écran de la caisse enregistreuse. D'où mon hypothèse : il est con et raciste. Et moi, qu'est-ce que je fais, moi ? Même après les deux connasses de la rue Mouffetard je ne cesse d'être pris au dépourvu par ces personnes sans cervelle pas foutues de me parler en français en France. Face à mon silence de noiche nul en anglais, il a dû croire que je ne comprenais pas cette langue internationale qu'est le Global English parce qu'il a ensuite jugé bon de me montrer ses deux mains, les doigts écartés, comme pour me dire en language des signes, ou des doigts, "Dix euros, pauvre connard de touriste chinois." Alors, là, lui rendant son sourire, je lui ai dit (en français, faut-il le préciser) : "Bravo, vous savez compter jusqu'à dix," et, sur ce, j'ai pris mon café et mes beignets et m'en fus rejoindre L.

Posté par daedalus à 16:01 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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