L'atelier d'écriture clandestin

Un atelier d'écriture virtuel ouvert à tout ceux qui aiment écrire et désirent s'améliorer

mardi 18 mars 2008

La vie est un long rêve tranquille

Un ami bloggeur vient de poster un billet où figure une seule phrase en français assez bateau, un fourchelangue, et comme ce bloggeur, anglophone, ne poste de billets qu'en anglais, il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que ce que je lisais était du français, même si j'ai saisi sans tarder le sens de la phrase. Mais comment dire... c'était comme si cette phrase n'était pas du français car mon cerveau l'a prise dans un premier temps pour de l'anglais. Alors, tout en comprenant ce qui était écrit -- s'agissant d'un fourchelangue la phrase en elle-même n'avait pas trop de sens -- j'ai eu l'impression de faire une syncope ou une expérience de projection astrale de l'esprit, ou bien, pour dire les choses d'une autre manière, de frôler la schizophrénie (je l'air d'en rajouter mais cette sensation de sortie du corps que j'associe à celle de trouver de l'étrange dans le familier, ou vice-versa, cette étrange impression d'être tiraillé entre deux sentiments aux antipodes l'un de l'autre n'est pas sans rappeler, et ce pour l'avoir vécu plus d'une fois, les accès de folie quasi borgésiens ou à la DeQuincey qui peuvent survenir lors d'un trip aux shrooms mal tourné). J'ai eu donc cette impression de me heurter à une sorte de décalage sémantique en regardant cette phrase, le temps de reconnaître ce qui se passait, le temps que les mots rattrapent la pensée et le signifiant rejoigne son signifié. Moment quelque peu déstabilisant mais pas inintéressant. D'ailleurs il m'arrive par moments de croire que je suis toujours en plein trip shroomesque, saisi par un sentiment d'irréalité ou de malaise inexplicable face au monde empirique -- phénoménal au sens propre -- et c'est à croire que je ne suis jamais tout à fait sorti du trip, toujours là à délirer et à déambuler sans but d'un air hébété dans les rues d'Amsterdam avec D. et N., ne sachant trop où donner de la tête et tourmenté comme je suis par les sempiternels bruits (chuchotements bizarres, chants druidiques, crépitements de radios) qui se confondent tous à qui mieux mieux, se mêlant aux ombres chinoises sur le trottoir, ces ombres qui tantôt en accéleré tantôt au ralenti m'emboîtent le pas. Ô Amsterdam, suspends ton envol, et vous, les heures, cessez votre compte à rebours ! Mais pour en revenir à mon trip qui n'est pas près de finir, je suis, shroomer déchu, shroomer raté, pris au piège par le paradoxe de Zénon dans lequel je ne peux qu'avancer à crouptons tel un Morlock en herbe. Je repense souvent au film de Chris Marker, La Jetée, dont l'histoire du protagoniste voyageur du temps et de l'esprit me hante : la folie n'est donc que le refus de l'eternel présent. Quoi de plus simple ! En essayant d'exprimer par des mots pourquoi je ne crois pas être sorti de mon trip d'il y a plus de trois ans, et en me basant sur des exemples quotidiens bien concrets, force est d'admettre que je n'ai pas de preuves, en ce qui concerne ma santé mentale, ni dans un sens ni dans l'autre. Et c'est là où le bât blesse. Finalement, je constate qu'il m'est impossible de ne pas me sentir happé par cette mise à distance, ce détachement sentimental, dans tout ce que je fais et tente. Mort-vivant au coeur anesthésié, je n'ai d'autre choix que de me voiler la face et d'avoir des rapports de force avec la réalité. N'est-ce pas là la preuve suffisante d'un mal-être incurable ?

Posté par daedalus à 06:23 - Catégorie: Jouir sous la contrainte
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