lundi 31 mars 2008
Le seul animal
L’aube se levait et déjà, geignant, vagissant, il rampait écrasé par sa fragilité. Il avait quitté la chaude matrice sombre et désormais le monde s’ouvrait à lui, ses infinies possibilités résonnant avec sa solitude.
Il y eut ensuite le matin. Un matin d’innocence et de jeux cruels. Il courrait en tous sens, frénétique, infatigable. Il n’avait d’autre but que de tenter de repousser les limites et d’en subir la sanction, inlassablement…
Puis il y eut le milieu de journée. Un moment ingrat où toute la beauté du monde semblait lui échapper. Il s’imaginait tour à tour roi et mendiant, beau et laid. Ce qu’il pensait était d’or, en tout cas selon son propre jugement et il n’avait de cesse de se répandre sur les erreurs des autres.
C’est alors que l’après-midi vint et il regarda derrière lui, se retournant sur ses anciennes traces : une vague de nostalgie l’envahit… et la honte aussi, la honte envers sa récente stupidité. Ce fut un âge de nombreuses batailles sans réelle victoire.
Enfin, se fit le soir, accablant, voleur de ses souvenirs. Il vit vaguement ses joies passées et il lui restait ses peines toujours aussi présentes. Peu à peu ses sens filèrent, ses sensations fuirent.
Et une obscurité commença à tomber, un froid à fondre sur lui. Il leva les yeux et contempla Dieu dans les innombrables paillettes miroitant dans le ciel d’encre. Cette obscurité devint tout jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un néant de glace. Son esprit, ralenti, formula pour la première fois, la seule question qui avait de l’importance…
Mais quelle est ce noir ?
C’est la nuit.
mardi 18 mars 2008
Nunzéo et Philippe
L'un est un gros con
et l'autre, moins gros
mais tout aussi con.
Philippe, Nunzéo,
Nunzéo, Philippe.
Notices biographiques :
Nunzéo A. anime une revue online qui se veut tendance, dont le nom en latin (au moins c'est pas en anglais) rime avec "Fuck You." Il vénère Sollers et Guy Debord, et a une bedaine naissante. Il se flatte d'être le seul dans l'hexagone à apprécier Bach à sa juste valeur. Il pue des pieds, même quand il n'enlève pas ses chaussures. Un de ses potes, publié chez Gallimard (par Sollers), lui fait oublier parfois que lui-même n'a aucun talent. Donc, un joueur de foot raté qui se prend pour un écrivain. Quel triste destin.
Philippe L., employé au Gaz-de-France, est un pauvre minable avec un salaire de 30.000 euros, ce qui lui donne l'impression d'être quelqu'un d'important et il va jusqu'à se croire riche et se la joue devant des gens qu'il croit moins "riche" que lui. Il se vante de changer de voiture tous les deux ans et se croit cultivé, parce qu'il emploie aisément des mots comme "aimante" et "venir avec sa bite et son couteau" (eh oui). Mon cher Philippe, sache que tu fais partie du camp des médiocres. Bonne chance. Amuse-toi bien avec Nunzéo dans Sarkoland.
Le bloc d'alimentation, ou La chanson du raciste
Quand le bloc d'alimentation tombe en panne,
peut-on compter sur le chinetoque du coin
de venir le reparer ?
La question qu'il faut se poser
c'est de savoir si le chinetoque,
une fois arrivé chez toi
saura ce que c'est qu'un bloc d'alimentation.
Même si par miracle il parle français,
et sait baragouiner quelques mots,
même si par hasard il n'ignore pas
cette belle langue de Molière,
il est douteux qu'il connaisse le bloc d'alimentation,
or il s'agit là d'un grand mot, un mot technique,
et il y a peu de chances
qu'un chinetoque venu chez toi
pour reparer ton ordi le connaisse.
Alors il faudra le lui apprendre, à ton chinetoque
en lui disant, toc toc, voici un nouveau mot
apprends-le bien, mon gars, prends-en de la graine,
pour qu'on n'ait pas à te l'apprendre la prochaine fois.
La vie est un long rêve tranquille
Un ami bloggeur vient de poster un billet où figure une seule phrase en français assez bateau, un fourchelangue, et comme ce bloggeur, anglophone, ne poste de billets qu'en anglais, il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que ce que je lisais était du français, même si j'ai saisi sans tarder le sens de la phrase. Mais comment dire... c'était comme si cette phrase n'était pas du français car mon cerveau l'a prise dans un premier temps pour de l'anglais. Alors, tout en comprenant ce qui était écrit -- s'agissant d'un fourchelangue la phrase en elle-même n'avait pas trop de sens -- j'ai eu l'impression de faire une syncope ou une expérience de projection astrale de l'esprit, ou bien, pour dire les choses d'une autre manière, de frôler la schizophrénie (je l'air d'en rajouter mais cette sensation de sortie du corps que j'associe à celle de trouver de l'étrange dans le familier, ou vice-versa, cette étrange impression d'être tiraillé entre deux sentiments aux antipodes l'un de l'autre n'est pas sans rappeler, et ce pour l'avoir vécu plus d'une fois, les accès de folie quasi borgésiens ou à la DeQuincey qui peuvent survenir lors d'un trip aux shrooms mal tourné). J'ai eu donc cette impression de me heurter à une sorte de décalage sémantique en regardant cette phrase, le temps de reconnaître ce qui se passait, le temps que les mots rattrapent la pensée et le signifiant rejoigne son signifié. Moment quelque peu déstabilisant mais pas inintéressant. D'ailleurs il m'arrive par moments de croire que je suis toujours en plein trip shroomesque, saisi par un sentiment d'irréalité ou de malaise inexplicable face au monde empirique -- phénoménal au sens propre -- et c'est à croire que je ne suis jamais tout à fait sorti du trip, toujours là à délirer et à déambuler sans but d'un air hébété dans les rues d'Amsterdam avec D. et N., ne sachant trop où donner de la tête et tourmenté comme je suis par les sempiternels bruits (chuchotements bizarres, chants druidiques, crépitements de radios) qui se confondent tous à qui mieux mieux, se mêlant aux ombres chinoises sur le trottoir, ces ombres qui tantôt en accéleré tantôt au ralenti m'emboîtent le pas. Ô Amsterdam, suspends ton envol, et vous, les heures, cessez votre compte à rebours ! Mais pour en revenir à mon trip qui n'est pas près de finir, je suis, shroomer déchu, shroomer raté, pris au piège par le paradoxe de Zénon dans lequel je ne peux qu'avancer à crouptons tel un Morlock en herbe. Je repense souvent au film de Chris Marker, La Jetée, dont l'histoire du protagoniste voyageur du temps et de l'esprit me hante : la folie n'est donc que le refus de l'eternel présent. Quoi de plus simple ! En essayant d'exprimer par des mots pourquoi je ne crois pas être sorti de mon trip d'il y a plus de trois ans, et en me basant sur des exemples quotidiens bien concrets, force est d'admettre que je n'ai pas de preuves, en ce qui concerne ma santé mentale, ni dans un sens ni dans l'autre. Et c'est là où le bât blesse. Finalement, je constate qu'il m'est impossible de ne pas me sentir happé par cette mise à distance, ce détachement sentimental, dans tout ce que je fais et tente. Mort-vivant au coeur anesthésié, je n'ai d'autre choix que de me voiler la face et d'avoir des rapports de force avec la réalité. N'est-ce pas là la preuve suffisante d'un mal-être incurable ?
lundi 3 mars 2008
Thème de mars 2008
Cette fois, l'auteur du thème est un grand, soufflé par Daedalus, puisque Shakespeare lui-même nous propose:
Le passé n'est que prologue
Bonne inspiration!
Pour rappel, voici quelques indications:
- Si vous voulez commenter ce thème (et le maudire) ou en proposer un pour les fois suivantes, n'hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de ce message.
- Un texte, par contre, méritera un message indépendant (afin de permettre de poster des commentaires spécifiquement sur ce texte). Autant que possible ne poster que le texte nu, si vous voulez ajouter une remarque concernant votre texte, postez la en commentaire.
- Tous les auteurs sont les bienvenus.
- Idéalement, le texte devra rester court, la lecture sur écran n'étant pas agréable à la longue. On évitera également les gros pavés de texte, sans saut de ligne...
- Idéalement, le texte devrait avoir été écrit spécifiquement pour cet atelier (je rappelle également qu'il y a une catégorie "Et pour quelques textes de plus" pour les textes hors thème mensuel).
- Pas de langage SMS, ni dans les textes, ni dans les commentaires...
- Et vous avez jusqu'au lundi 31 mars 2008, minuit, pour poster un texte :)
- On ne gagne rien, à part des commentaires et des critiques.