lundi 31 mars 2008
Le seul animal
L’aube se levait et déjà, geignant, vagissant, il rampait écrasé par sa fragilité. Il avait quitté la chaude matrice sombre et désormais le monde s’ouvrait à lui, ses infinies possibilités résonnant avec sa solitude.
Il y eut ensuite le matin. Un matin d’innocence et de jeux cruels. Il courrait en tous sens, frénétique, infatigable. Il n’avait d’autre but que de tenter de repousser les limites et d’en subir la sanction, inlassablement…
Puis il y eut le milieu de journée. Un moment ingrat où toute la beauté du monde semblait lui échapper. Il s’imaginait tour à tour roi et mendiant, beau et laid. Ce qu’il pensait était d’or, en tout cas selon son propre jugement et il n’avait de cesse de se répandre sur les erreurs des autres.
C’est alors que l’après-midi vint et il regarda derrière lui, se retournant sur ses anciennes traces : une vague de nostalgie l’envahit… et la honte aussi, la honte envers sa récente stupidité. Ce fut un âge de nombreuses batailles sans réelle victoire.
Enfin, se fit le soir, accablant, voleur de ses souvenirs. Il vit vaguement ses joies passées et il lui restait ses peines toujours aussi présentes. Peu à peu ses sens filèrent, ses sensations fuirent.
Et une obscurité commença à tomber, un froid à fondre sur lui. Il leva les yeux et contempla Dieu dans les innombrables paillettes miroitant dans le ciel d’encre. Cette obscurité devint tout jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un néant de glace. Son esprit, ralenti, formula pour la première fois, la seule question qui avait de l’importance…
Mais quelle est ce noir ?
C’est la nuit.
mardi 18 mars 2008
La vie est un long rêve tranquille
Un ami bloggeur vient de poster un billet où figure une seule phrase en français assez bateau, un fourchelangue, et comme ce bloggeur, anglophone, ne poste de billets qu'en anglais, il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que ce que je lisais était du français, même si j'ai saisi sans tarder le sens de la phrase. Mais comment dire... c'était comme si cette phrase n'était pas du français car mon cerveau l'a prise dans un premier temps pour de l'anglais. Alors, tout en comprenant ce qui était écrit -- s'agissant d'un fourchelangue la phrase en elle-même n'avait pas trop de sens -- j'ai eu l'impression de faire une syncope ou une expérience de projection astrale de l'esprit, ou bien, pour dire les choses d'une autre manière, de frôler la schizophrénie (je l'air d'en rajouter mais cette sensation de sortie du corps que j'associe à celle de trouver de l'étrange dans le familier, ou vice-versa, cette étrange impression d'être tiraillé entre deux sentiments aux antipodes l'un de l'autre n'est pas sans rappeler, et ce pour l'avoir vécu plus d'une fois, les accès de folie quasi borgésiens ou à la DeQuincey qui peuvent survenir lors d'un trip aux shrooms mal tourné). J'ai eu donc cette impression de me heurter à une sorte de décalage sémantique en regardant cette phrase, le temps de reconnaître ce qui se passait, le temps que les mots rattrapent la pensée et le signifiant rejoigne son signifié. Moment quelque peu déstabilisant mais pas inintéressant. D'ailleurs il m'arrive par moments de croire que je suis toujours en plein trip shroomesque, saisi par un sentiment d'irréalité ou de malaise inexplicable face au monde empirique -- phénoménal au sens propre -- et c'est à croire que je ne suis jamais tout à fait sorti du trip, toujours là à délirer et à déambuler sans but d'un air hébété dans les rues d'Amsterdam avec D. et N., ne sachant trop où donner de la tête et tourmenté comme je suis par les sempiternels bruits (chuchotements bizarres, chants druidiques, crépitements de radios) qui se confondent tous à qui mieux mieux, se mêlant aux ombres chinoises sur le trottoir, ces ombres qui tantôt en accéleré tantôt au ralenti m'emboîtent le pas. Ô Amsterdam, suspends ton envol, et vous, les heures, cessez votre compte à rebours ! Mais pour en revenir à mon trip qui n'est pas près de finir, je suis, shroomer déchu, shroomer raté, pris au piège par le paradoxe de Zénon dans lequel je ne peux qu'avancer à crouptons tel un Morlock en herbe. Je repense souvent au film de Chris Marker, La Jetée, dont l'histoire du protagoniste voyageur du temps et de l'esprit me hante : la folie n'est donc que le refus de l'eternel présent. Quoi de plus simple ! En essayant d'exprimer par des mots pourquoi je ne crois pas être sorti de mon trip d'il y a plus de trois ans, et en me basant sur des exemples quotidiens bien concrets, force est d'admettre que je n'ai pas de preuves, en ce qui concerne ma santé mentale, ni dans un sens ni dans l'autre. Et c'est là où le bât blesse. Finalement, je constate qu'il m'est impossible de ne pas me sentir happé par cette mise à distance, ce détachement sentimental, dans tout ce que je fais et tente. Mort-vivant au coeur anesthésié, je n'ai d'autre choix que de me voiler la face et d'avoir des rapports de force avec la réalité. N'est-ce pas là la preuve suffisante d'un mal-être incurable ?
lundi 3 mars 2008
Thème de mars 2008
Cette fois, l'auteur du thème est un grand, soufflé par Daedalus, puisque Shakespeare lui-même nous propose:
Le passé n'est que prologue
Bonne inspiration!
Pour rappel, voici quelques indications:
- Si vous voulez commenter ce thème (et le maudire) ou en proposer un pour les fois suivantes, n'hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de ce message.
- Un texte, par contre, méritera un message indépendant (afin de permettre de poster des commentaires spécifiquement sur ce texte). Autant que possible ne poster que le texte nu, si vous voulez ajouter une remarque concernant votre texte, postez la en commentaire.
- Tous les auteurs sont les bienvenus.
- Idéalement, le texte devra rester court, la lecture sur écran n'étant pas agréable à la longue. On évitera également les gros pavés de texte, sans saut de ligne...
- Idéalement, le texte devrait avoir été écrit spécifiquement pour cet atelier (je rappelle également qu'il y a une catégorie "Et pour quelques textes de plus" pour les textes hors thème mensuel).
- Pas de langage SMS, ni dans les textes, ni dans les commentaires...
- Et vous avez jusqu'au lundi 31 mars 2008, minuit, pour poster un texte :)
- On ne gagne rien, à part des commentaires et des critiques.
vendredi 29 février 2008
Pièce monologuée en deux actes, ou Une belle journée à Paris
"Ah, Paris, quelle belle ville ! Regarde-moi ça si c'est beau !"
I.
A l'entrée des marches qui mènent à la basilique du Sacré-Coeur dans le quartier de Montmartre, les touristes de tout poil, toutes nationalités confondues, essaient de se frayer un chemin vers l'entrée, à proximité de laquelle se tiennent deux Noirs qui profitent du tohu-bohu pour vendre des bracelets en tissu de mauvaise qualité. Quand je tente de passer à côté un des Noirs se précipite vers moi, me prend par le bras dans le but de me glisser sur le poignet un de ses bracelets immondes, tout en caquetant sans arrêt des mots en anglais, un caquètement ininterrompu, une voix de tête affreuse et caquetante, je veux retirer ma main, en lui disant poliment, "Non merci," mais il continue à me seriner son baratin de camelot africain, son bracelet minable toujours à la main, "Very nice bracelet, you buy, arigato, tchin tchin," et là j'en ai assez, je lui assenerais une baffe sur la gueule, et je lui dis, "Hé tu me lâches, connard ?" et je vois sur son visage la surprise qui se mêle au dégoût, dégoût qui se mue en indifference quand je lui lance, avant de me détourner de son visage noir luisant dégoulinant de sueur, "Putain de merde..." La vue sur la ville depuis le Sacré-Coeur était magnifique.
II.
Il est toujours sidérant de constater à quel point les Français (mais pas tous, loin de là, il ne faut pas tomber dans le même piège !), surtout ces Français d'un certain âge, puant l'eau de javel, franchouillards, quoique pas forcément d'extrême droite (faut pas généraliser), à quel point, donc, ils sont incapables de faire preuve d'un minimum d'ouverture d'esprit quand ils ont le malheur, et quel malheur, d'avoir affaire à une personne dont le faciès est facilement assimilable à un groupe éthnique dit minoritaire, autrement connu sous le doux sobriquet de "salopards de chinetoque aux yeux bridés" (un pléonasme s'il en est). On les trouve, par exemple, dans la rue Mouffetard, derrière leurs étals de légumes, ces mémères qui s'efforcent de me baragouiner dans un anglais de chiotte parce qu'ils me prennent pour un touriste. J'entre ensuite dans une crêperie et ne voilà-t-il pas que la serveuse, si ce n'est la propriétaire du resto, un tout petit resto bondé de monde, elle se met à me parler, elle aussi, en anglais, et je suis donc obligé, pour la deuxième fois, de lui faire savoir que je ne suis pas un touriste, japonais, chinois, au choix, tout juste bon à écorcher quelques mots d'anglais, désolé mais s'il est vrai que je parle aussi couramment anglais, langue dans laquelle j'ai fait une partie de mon primaire et mon secondaire, je ne vais pas perdre mon temps à le parler avec vous. (Je me suis gardé de lui dire tout ça.) Le sourire de cette dame se fige, et c'est à croire qu'elle venait de chier dans mon slip par mégarde : elle se confond en excuses, on dirait un partisan d'extrême gauche accusé de racisme contre les renois. Et puis, dans la même journée, il m'est arrivé d'avoir envie de prendre un café au MK2-Bibliothèque (normalement les cafés à 5 euros ne me tentent guère mais j'étais dans le coin histoire de visiter la Cinémathèque avec L., ma copine), et, ayant commandé un irish coffee et une boite de je me rappelle plus, de beignets ? de croissants ? d'étrons ? je suis allé à la caisse et le caissier, un jeune Noir souriant, il me semble me souvenir qu'il avait des dreads, enfin, peu importe, et un pull blanc à col roulé genre Célio ou H&M, bon bref, un type sympa à première vue, pas du tout l'air d'un imbécile de premier plan mais les apparences sont souvent trompeuses comme on va voir, toujours souriant il me dit en anglais, avec son accent de merde, "Ten euro." Au risque de couper les cheuveux en quatre, précisons, ici, que j'aurais pu, à la limite, lire le prix affiché sur l'écran de la caisse enregistreuse. D'où mon hypothèse : il est con et raciste. Et moi, qu'est-ce que je fais, moi ? Même après les deux connasses de la rue Mouffetard je ne cesse d'être pris au dépourvu par ces personnes sans cervelle pas foutues de me parler en français en France. Face à mon silence de noiche nul en anglais, il a dû croire que je ne comprenais pas cette langue internationale qu'est le Global English parce qu'il a ensuite jugé bon de me montrer ses deux mains, les doigts écartés, comme pour me dire en language des signes, ou des doigts, "Dix euros, pauvre connard de touriste chinois." Alors, là, lui rendant son sourire, je lui ai dit (en français, faut-il le préciser) : "Bravo, vous savez compter jusqu'à dix," et, sur ce, j'ai pris mon café et mes beignets et m'en fus rejoindre L.
Tour d'enfance
Elle a décidé de ne plus jamais voyager. C'était tellement facile. Ne plus jamais attendre sur le quai, avec l'espoir d'un train enivré, d'un bus arrogant et malpoli ou juste d'une voiture égarée, avec, au volant, un ou deux chauffeurs confus et incertains, ou même pas de chauffeur du tout. Au lieu de cela, elle s'est enfermée tout en haut de sa petite tour d'enfance, une chambre remplie de livres et de feutres bleus, de coussins imaginaires et de fantômes réels, plein de rêves sous le lit aussi. Des rêves de voyages. Puis on l'appelle, mine de rien, l'instant d'un songe, pendant une nuit de débauche, le vin et la fête, les vapeurs de souvenirs et une sonnerie intense. Elle fuit le téléphone mais ne peut l'échapper. La porte reste fermée, elle ouvre la fenêtre et s'accroche au parapet, les pieds en l'air. Ses amis ne comprennent rien, ils ne font rien pour l'aider, au contraire, ils laissent le téléphone grimper jusqu'à la vitre, le récepteur regarde en bas, hésite puis rampe doucement jusqu'à son oreille en lui effleurant la joue. Surprise, pas de voix. Elle entend seulement une respiration familière, venant du fond des poumons, elle la connaît, elle s'approche et respire au même rythme, elle se transforme en un souffle, de la tête aux pieds et aux mains, toute rouge, une chaleur au cœur, au ventre, qui s'en va puis l'entraîne avec, à l'autre bout du fil, elle tremble, elle pleure, le chaud, le froid, la tête qui tourne et une entrée interdite, une sortie impossible. Ce voyage-là, elle ne l'avait pas désiré. Elle n'avait désiré que ça et maintenant, suspendue entre les étoiles et la boue, elle ne peut plus avancer ni revenir. Il faut endurer. Il faut passer la nuit. Demain, elle sera vide.
vendredi 22 février 2008
Mélancolie d’automne
Lorsque je marche sur les sentiers de mon âme
Une mélancolie d’automne s’insinue
Et me brise comme dans un antique drame.
Voilà ton vraie visage, ô âme mise à nue !
Une mélancolie d’automne s’insinue
Dans ces champs de brume jadis ensoleillés.
Voilà ton vraie visage, ô âme mise à nue
Pourtant de le cacher, j’avais bien essayé.
Dans ces champs de brume jadis ensoleillés
J’eus parfois mes rêves pour seule nourriture
Pourtant de le cacher, j’avais bien essayé.
Hélas on ne peut pas combattre sa nature…
J’eus parfois mes rêves pour seule nourriture
Dans ces paysages ni d’eau ni de montagne.
Hélas on ne peut pas combattre sa nature
Je voulais échapper à cet éternel bagne.
Dans ces paysages ni d’eau ni de montagne,
Un voile ténébreux aveuglait l’horizon.
Je voulais échapper à cet éternel bagne :
La solitude est la plus terrible prison.
Un voile ténébreux aveuglait l’horizon
Lorsque la nuit tombait, me laissant seul en vie.
La solitude est la plus terrible prison.
Ah ! Si quelqu’un avait connu mes rêveries…
Lorsque la nuit tombait, me laissant seul en vie
Maudite nuit dont je ne pensais voir la fin !
Ah ! Si quelqu’un avait connu mes rêveries,
Aurais-je de la vie humé le doux parfum ?
Maudite nuit dont je ne pensais voir la fin,
Y avait-il une clef à ce labyrinthe ?
Aurais-je de la vie humé le doux parfum
Si m’échappant enfin, j’avais vaincu mes craintes ?
Y avait-il une clef à ce labyrinthe ?
Clef qui aurait de mon cœur rallumé la flamme
Si m’échappant enfin, j’avais vaincu mes craintes
Lorsque je marche sur les sentiers de mon âme.
samedi 2 février 2008
Douce rêverie...
Une chaude nuit d'été. Le bruit des insectes amoureux résonne sur la plage.
Le vent doux fait bruisser les feuilles des arbres longeant la baie. La porte
de la cabane claque derrière le couple tandis qu'il sort. Deux adolescents,
dévêtus, courent vers la plage. Ils se bousculent et rient tout en courant. La
lune et les étoiles éclairent les remous des vagues, faisant briller de mille
feux la nuit, pour le plus grand plaisir du couple. Le reflet des cheveux dorés
de la fille attire le regard du garçon et sa main s'y fourre pour la décoiffer.
Premiers pas dans l'eau. Elle est tiède, une baignoire géante n'aurait pas meilleure
température. Ils continuent de jouer et de se taquiner tandis qu'ils avancent
et que leurs pas sont ralentis par l'eau. Arrivés à bonne distance, ils se
lancent un défi et se mettent à nager droit devant eux.
Le jour se lève, à
l'horizon. Ils parlent et s'amusent s'arroser en même temps qu'ils nagent. La
fatigue ne se fait pas encore sentir.
Ils aperçoivent enfin la
petite île. Ils savaient qu'elle était là et voulaient la rejoindre. D'un
regard complice, ils se mettent à nager plus vite, à remuer les bras et les
jambes avec plus de force.
Quelques minutes plus tard,
couchés sur le sable, humides et soufflant, ils se tiennent par la main.
- Tu crois qu'il y a
d'autres îles comme ça? Demande la jeune fille.
- J'sais pas. Peut-être,
oui. Sinon les gens devraient s'ennuyer. Le garçon était ailleurs, en
train de rêver tout en regardant les nuages apparaître doucement dans un ciel
se bleutant tranquillement.
- Dis, tu sais combien
de temps que ça fait qu'on est arrivé ici? La jeune fille semble ne pas
vouloir se reposer, elle semble avoir des tas de questions à poser. Le garçon,
quant à lui veut prendre son temps, en profiter, profiter de leur lien à tous
les deux.
- Non, et j'm'en fiche
pas mal en vérité. Si j'y pensais, ça voudrait dire qu'avec toi je vois le
temps passer. Ce serait bien triste je pense. Non? Il tourne sa tête vers
la jeune fille. Il espère qu'avec cette question elle comprendra où il veut en
venir et cessera de lui poser des questions pour, elle aussi, profiter de ce
début de journée idyllique.
Elle tourne la tête vers lui
aussi et lui sourit.
- Tu ne sais pas non
plus combien de fois tu es venu là alors?
Le sourire du jeune homme
suffit à lui répondre. Il ferme les yeux et se laisse bercer par le bruit des
vagues, profitant du petit vent doux qui lui caresse le corps. Il n'ouvre pas
les yeux lorsque la main de sa compagne effleure sa peau, se promène sur son
corps, traçant des sillons invisibles.
Il repense à la façon dont
elle est apparue. Elle était en robe blanche, légère, prête à s'envoler au
moindre courant d'air. Elle était belle et avait envie de profiter de la vie.
Il l'avait accueillie dans sa cabane au bord de la mer avant de lui offrir une
tasse de cacao fait maison. Ils avaient discuté durant des jours, pris le temps
de se connaître, de se raconter leurs vies. Lui n'était pas très bavard en
fait, mais il ne l'avait jamais vraiment été. Il préférait vivre au jour le
jour et profiter de la vie telle qu'elle passait sous ses yeux.
Ils étaient ensemble depuis
3 mois, il le savait, mais l'aurait-il dit qu'elle aurait continué à le
questionner. Alors il profitait. Se laissant aller au bonheur d'être avec cette
fille superbe et aimable. Il se laissait aller aux caresses de plus en plus
insistantes qui désormais étaient accompagnées de tendres baisers.
Le soir, ils retournèrent à
la cabane, tous les deux heureux de la journée passée à s'aimer sur le bord de
mer ou dans la mer, à regarder les nuages passer et à rêver. Ils auraient aimé
vivre à l'époque de D’Artagnan, l'époque où les hommes portaient chapeau et
épée pour aller au secours de belles femmes à robes splendides. Lui se voyait
fier et héroïque, homme d'honneur et de cour. Elle se voyait femme de rêve, aux
vastes robes toutes colorées et garnies de dentelles, à la mouche posée sur une
poitrine qui ne mettrait pas tant de temps à pousser. Ils se seraient
rencontrés dans un bal et y auraient dansé toute la nuit. Ils seraient partis
dans les bois après avoir emprunté un fiacre pour y passer des heures à s'aimer
avant qu'ils ne doivent se séparer à nouveau pour respecter leur emploi du
temps respectif.
Ils discutaient encore lorsque
la nuit tomba. Ils se préparèrent à manger, en entrecoupant leurs actions de
baisers, de caresses furtives et de mots doux.
Lorsqu'ils se couchèrent
dans la cabane, ils étaient heureux.
Le lendemain, ils décidèrent
de jouer à cache-cache. Evidemment, ils agrémentèrent leurs règles de divers
petits détails à même de leur donner envie de jouer.
Mais après une heure passée
à attendre, la jeune fille commençait à s'inquiéter. Attendre encore ou partir?
Elle décidait de rester quelques minutes encore sur place, pour voir s'il ne la
guettait pas malgré tout. Toujours plus inquiète à mesure que les minutes
s'écoulaient, elle sortit de sa cachette et appela son ami, son amour. Ses
appels restaient sans réponses.
Elle fouillait les alentours
lorsqu'elle prit conscience d'une chose affreuse. Elle n'avait pas revu la
cabane lorsqu'elle était allée sur la plage. Courant sans prendre garde aux
branches basses, elle arriva rapidement à l'endroit où elle avait dormi depuis
quelques temps. Mais rien. Pas une trace de vie. Pas une trace. Rien.
Elle était désespérée.
Cherchant en tout sens, sans parvenir à comprendre ce qui lui arrivait.
Après des heures de
recherches, elle décidait de partir à la nage vers l'île. A mi-chemin, le ciel
se couvrit, les nuages se firent gros et l'orage commença à gronder. La pluie
se mit à tomber fort, les gouttes étaient froides. Le vent n'était plus doux,
l'eau devenait plus agitée.
Elle se débattait et
poussait de toutes ses forces avec ses bras et ses jambes.
C'est une adolescente épuisée
et transie par le froid et la fatigue qui arriva sur l'île. Elle ne trouva pas
son ami non plus.
L'orage ne cessait pas, il
tonnait, la pluie trempait tout, faisant même des trous dans le sable à chaque
goutte qui s'y écrasait. Elle dut se cacher, trouver un abri en attendant.
A l'hôpital, dans le bureau
du médecin chef, le psychologue et le médecin accueillent les parents. La
nouvelle qu'ils ont à annoncer est grave.
- Monsieur, madame. Nous
vous avons demandé de venir, nous avons un gros problème avec votre enfant.
Le psychologue hoche la
tête. Lorsque le médecin finit d'expliquer la raison de leur venue, le père est
en colère et la mère sous le choc. Le psychologue prend le relais et tente de
leur présenter la situation de façon claire et raisonnée. Mais les parents ne
désire pas être clairs et raisonnés et demandent à voir leur fille.
Le psychologue se tourne
vers le médecin. Ce dernier, à son tour, hoche la tête. Comme un automate, le
psychologue guide les parents, le médecin fermant la marche.
Ils arrivent devant une
pièce où se tiennent différents enfants, tous entre 10 et 15 ans. Des filles,
des garçons, tous assis, debout ou couchés dans leur coin. Leur enfant est
assis à une table, tassée dans sa chaise, le visage bloqué sur une expression de
peur. En face d'elle, un garçon impassible est debout et regarde le mur.
Le médecin repousse
gentiment quelques enfants avant d'arriver avec les parents et son collègue
devant la jeune fille.
- Monsieur, madame, je
ne comprends pas. Nous voudrions faire des tests, mais il semble ne faire aucun
doute. Votre fille est enceinte.
- Mais... Comment une
enfant dans son cas, que personne n'a jamais entendu parler ou n'a jamais vu
bouger pourrait-elle être enceinte Bon Dieu! Vous pouvez me l'expliquer ça
quand même! Ce n'est pas la Vierge! On tombe pas enceinte comme ça! Le
père est énervé et sert ses poings. Les deux scientifiques le regardent,
visiblement mal à l'aise.
- C'est pour ça que nous
avons prévu de faire passer des tests à votre fille ainsi que deux gardiens de
nuits. La mère le coupe. - Et vous aussi j'espère!
Le psychologue tente de
rattraper la situation. Oui, tous les hommes présents à l'hôpital passeront
le test. Nous tenons à éclaircir cette affaire au plus vite. Tournant la
tête vers l'adolescente, il a un air vraiment désolé, il reprend un ton
professionnel avant d'ajouter. Par contre, est-ce que vous l'aviez déjà vu
avec cette expression sur le visage?
- Non, jamais. Peut-être
qu'elle a conscience de ce qui lui est arrivé? Le père reprend son calme,
mais garde les poings serrés et les yeux rivés sur sa fille.
Nous ne savons pas. Mais
Dieu que nous aimerions discuter avec elle, comprendre comment ça lui est
arrivé.
Pendant ce temps, une
nouvelle fille arrive au centre. Elle aussi, dans le même état. Renfermés dans
leurs mondes ces enfants n'ont jamais réussi à communiquer avec le monde
extérieur. Nul n'est jamais parvenu à décoder leurs pensées, leurs émotions.
Parfois ils bougent, parfois ils changent d'expression, parfois même ils
émettent un son. Mais tout le reste du temps, il ne se passe rien, atrocement
rien. Le visage du jeune à côté des adultes qui discutent au sujet de leur
fille se fait souriant, légèrement souriant.
Dans le bureau du directeur
de l'hôpital, un dossier le tracasse. Malgré différents tests passés au sein du
personnel, personne n'arrive à comprendre comment les trois dernières jeunes
filles arrivées au cours des 10 derniers mois ont pu tomber enceinte...
Sur une plage, un adolescent
accueille la nouvelle arrivante.
- Salut! Ça te dirait un
cacao fait maison?
vendredi 1 février 2008
Thème de février 2008
Nouvelle année, nouvelle "saison" de l'atelier avec pour se chauffer un petit thème large et sympa de Lesendar:
Voyage imaginaire
Bonne inspiration!
Pour rappel, voici quelques indications:
- Si vous voulez commenter ce thème (et le maudire) ou en proposer un pour les fois suivantes, n'hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de ce message.
- Un texte, par contre, méritera un message indépendant (afin de permettre de poster des commentaires spécifiquement sur ce texte). Autant que possible ne poster que le texte nu, si vous voulez ajouter une remarque concernant votre texte, postez la en commentaire.
- Tous les auteurs sont les bienvenus.
- Idéalement, le texte devra rester court, la lecture sur écran n'étant pas agréable à la longue. On évitera également les gros pavés de texte, sans saut de ligne...
- Idéalement, le texte devrait avoir été écrit spécifiquement pour cet atelier (je rappelle également qu'il y a une catégorie "Et pour quelques textes de plus" pour les textes hors thème mensuel).
- Pas de langage SMS, ni dans les textes, ni dans les commentaires...
- Et vous avez jusqu'au vendredi 29 février 2008, minuit, pour poster un texte :)
- On ne gagne rien, à part des commentaires et des critiques.
mardi 15 janvier 2008
Plastique
A gag, a plastic bag on a monument
I beg to dream and differ from the hollow lies
This is the dawning of the rest of our lives
Greenday, Holiday
Dans la cohue paranoïaque des voyages aériens,
Une disposition salutaire fait récemment fureur.
La sécurité est désormais habilement renforcée
Par un allié inattendu : le sac plastique !
Il protège, bonnes gens, des bombes et des armes
Pour peu que l’explosif fasse plus de 100 millilitres.
Voilà une mesure que les terroristes, citoyens,
Ne sauront pas contrer ! Dormez tranquille !
Un grand penseur m’avait auparavant prévenu :
Si un pauvre portable, un simple lecteur mp3
Peut occasionner des troubles sur un avion
Mieux vaut peut-être alors ne pas l’utiliser.
Et personne ne saura expliquer pourquoi
De telles règles s’appliquent : c’est ainsi !
Prenons simplement garde que ce ne soit nous,
Qui nous retrouvions un jour dans un sac plastique…
lundi 31 décembre 2007
L.H.O vs J.F.K
Les miettes du biscuit s'éparpillent sur le sol tandis que l'homme arpente la pièce de long en large une nouvelle fois. Les heures se sont écoulées sans qu'il ne sorte. Il a répété plusieurs fois sa sortie d'ailleurs, la façon de ranger son arme, de laisser les empreintes de pas menant vers le toit, de fuir ensuite à partir des étages inférieurs. Il sait déjà la façon dont seront fouillées les pièces, une à une. Il sait aussi à qui il devra parler pour avoir son alibi et parvenir à s'enfuir. Tout ça il l'a préparé depuis des semaines. Mais il ne peut s'empêcher d'avoir le trac qui lui noue les entrailles. Machinalement, il porte un regard vers la rue, en bas.
Des piétons marchent dans toutes les directions, les voitures sont très rares, tout est normal, le président va passer d'ici une heure.
La somme qu'on lui a versé pour se payer ses services est exorbitante, mais le client n'est pas un client traditionnel. Lorsqu'on abat l'homme le plus observé du pays, il faut savoir oublier de compter et ne pas regarder à la dépense. Pour celui qui agit, tout est bien plus compliqué. Il ne peut s'assurer la confiance de personne, et donc, il ne peut en aucun cas négliger quoi que ce soit.
Machinalement, il récupère les miettes avant de les jeter par la fenêtre. Il repense à son employeur et se dit que si sa mission échouait, il ne survivrait pas longtemps. Celui qui l'a engagé sait trouver ses employés. D'ailleurs, s'en sortira-t-il réellement?
Il ne reste plus que 45 min. Est-ce qu'il le fera? Est-ce qu'il tuera ce président si aimé de son peuple? Lui, il possède ce pouvoir sur le destin, les autres le subiront. Est-ce qu'il donnera la mort?
La réponse à ces questions est oui, il agira. Nul choix possible. Accepter l'argent c'est signer l'accord. Une fois l'accord passé, il est trop tard pour reculer.
La parade passera sous les fenêtres, le président saluera évidemment la foule. Sa limousine décapotée, il y aura sa femme à ses côtés. Qui oserait penser qu'il pourrait être abattu? Personne ne peut désirer la mort de cet homme, personne n'oserait s'aventurer à la lui donner un jour tel que celui-ci. L'armée quadrille le secteur, tous les immeubles ont été inspectés et personne ne pourrait s'enfuir du quartier sans être fouillé s'il venait à y avoir un problème.
Ce n'est pas son problème, lui, il a tout prévu. Il sait qu'il descendra calmement chez le vieux voisin du dessous et qu'ils diront n'avoir rien entendu et qu'ils jouaient aux échecs depuis le début de l'après midi. Le vieil homme ayant de gros problèmes de mémoire, il ne parvient plus à comprendre le temps comme il faut, si bien qu'avouer, de bonne fois, que son compagnon était là depuis plusieurs heures se fera de façon naturelle. L'arme cachée dans un faux plafond inaccessible si on ne pense pas à fouiller à l'endroit concerné. Tout est prévu, pourtant l'événement est si important qu'il ne peut s'empêcher de suer comme en pleine canicule. A nouveau, il ressasse les ordres, et les moments clés de la parade.
Le temps passe décidément trop lentement.
Tout à coup, il souffle, son coeur s'accélère avant de retrouver un rythme normal. La musique a retenti d'un bout à l'autre de la ville. La parade démarre. Le président passera d'ici une vingtaine de minutes.
L'oeil sur la montre, l'homme ouvre calmement sa mallette. Il monte son arme tout en vérifiant consciencieusement chacune des pièces. Son geste est professionnel, et le bruit des hélicoptères quadrillant le secteur ne semble nullement le déranger. Les policiers arrivent en masse dans la rue pour écarter les passants ayant ignoré les barrières de sécurité et attendant leur héros en plein milieu de la route. L'homme finit de préparer son arme et la pose au sol avant de préparer son trépied. Le professionnel s'installe en soufflant profondément ses soucis par la bouche. Son arme montée sur le trépied, il observe par la fenêtre. Déjà le président apparaît au coin d'une rue à l'opposé. Il se demande quelles seront les conséquences de son acte. Qui en sortira vainqueur? A qui profitera réellement la mort du président? Comment les autres pays du monde interpréteront cet instant? Ces questions lui traversent l'esprit aussi vite qu'il les en chasse. Pas question de se laisser perturber.
Pourtant, il apprécie la politique menée par cet homme et son gouvernement. Depuis plusieurs années que le pays allait mal, c'est ce jeune président qui a su redonner espoir à son peuple. Les images parues dans les journaux ou à la télévision lui reviennent en mémoire, l'homme voyait le président souriant, prêt à porter sur ses propres épaules toute la misère de ses administrés.
Soufflant à nouveau pour chasser ses pensées parasites, l'homme continue de suivre l'avancée du président dans la lunette de visée de son arme. Il voit clairement son sourire sincère et franc, il voit sa femme radieuse, fière d'être aimée par cet homme si respectable et vertueux. Les hourras de la foule montent jusqu'à lui, il se sent un peu plus mal lorsqu'il a l'impression de voir une pointe d'embarras sur les lèvres du président. Il sait que le président est assez humble pour éprouver de la gêne face à toutes ces personnes saluant son passage.
L'homme est pris d'un vertige. Il tire malgré lui et blesse le président.
Son univers s'écroule instantanément. Il n'avait droit qu'à un tir. Après il devait ranger son matériel et s'enfuir comme prévu. Tirer un second coup permettrait aux militaires de le repérer. Que faire?
Il avait eu sa chance et n'osait la retenter. Sous le choc, il s'essuie le front et range son matériel tandis que de la rue montent les cris de stupeur et d'indignation et que les sirènes des secours retentissent de plus en plus fort.
Quelques minutes plus tard, il est à l'étage inférieur, le vieil homme lui ouvre, persuadé qu'il accueille un ami joueur d'échecs.
Le vieil homme fait remarquer que les cris venant d'en bas le dérangent, mais qu'il n'ose pas regarder. Il a le vertige et se souvient d'un de ses compagnons tombé d'un avion durant le Vietnam. Son ami lui conseille d'allumer la télé, et c'est ensemble qu'ils découvrent l'horrible nouvelle. Le président vient d'être assassiné. Il a reçu une balle en pleine tête après avoir été blessé l'instant d'avant.
L'homme s'effondre dans sa chaise. Il est en sueur et ne peut plus bouger. Tous les muscles de son corps se ramollissent. Le vieil homme laisse tomber son plateau d'échec.
A la fin de la journée, l'homme est revenu chez lui. Son plan ayant fonctionné. Il se sent mal à l'aise, au bord de la crise d'angoisse. Il n'a tiré qu'un coup, pourtant le président a reçu deux balles. Il l'a blessé, pourtant il est mort. Il n'arrive plus à comprendre quoi que ce soit. Sa compagne tente de le calmer, de lui demander d'expliquer la cause de son état, mais rien n'y fait. Il demeure silencieux, sûr qu'il ne passera pas la nuit.
En pleine nuit, en effet, la police arrive chez lui. On ne ménage ni lui ni sa compagne. Elle crie, lui est encore sous le choc. Il ne résiste pas, résigné, il sait qu'il est vendu, mais ne comprend pas.
Il pense avoir été payé par un opposant du président qui l'a trahit en engageant un second tueur. Or seule son arme a été retrouvée, vide de deux munitions. Les deux balles extirpées du corps du président sont celles manquant dans le fusil du coupable. Il se sent victime d'une manipulation, mais sans pouvoir l'expliquer, sans parvenir à démêler la sombre vérité.
En prison, on le frappera, on l'injuriera, on le détruira dans tous les sens du terme, pourtant il ne dira rien qu'on ne sache déjà. On l'accusera encore durant les interrogatoires, on lui demandera encore sa version des faits, qui collera de plus en plus avec la réalité des événements. Au final il s'accusera lui même, convaincu de ce dont on l'accuse. Il ne restera que peu de temps en prison, très rapidement il sera jugé coupable et se retrouvera amené vers la fin de l'histoire. Il sera condamné à la peine de mort.
Entre deux, il ne saura plus exactement quand, il recevra la visite de son employeur. En pleine journée? En pleine nuit? Etait-ce seulement bien réel? Tout se mélangera.
Qu'aura-t-il réellement fait, qui aura réellement tué le président, pourquoi sera-t-il mort?
Son, ou au final, ses opposants y gagneront-ils réellement le pouvoir? Seront-ils assez fort pour faire oublier la mort de ce héros national?